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Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 162

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Les commandes des CDI et leur impact sur la production éditoriale : Étude ciblée et chiffrée

Sandrine LETURCQ
documentaliste titulaire sur zone de remplacement du Loiret (45)

Chaque année, la gestion des centres de documentation et d’information implique une politique d’acquisition propre au public scolaire et nécessite des dépenses importantes. À partir de ce constat, nous nous sommes posé les questions suivantes : à combien peut-on estimer le poids de ce budget ? Quels sont les relais d’information entre les documentalistes et les éditeurs ? Et, enfin, quels enjeux soulève pour ces derniers la question de la gratuité du prêt ?

Rappelons tout d’abord que " la mission [du documentaliste] et les tâches qui lui sont imparties [en font] le gestionnaire d’un centre de ressources lié aux instructions et aux programmes pédagogiques " [1]. Le documentaliste fait donc corps avec ce qu’on appelle depuis 1974 le centre de documentation et d’information (CDI). C’est lui qui gère son fonds, l’alimente et l’anime. Or, depuis la loi d’orientation du 10 juillet 1989, chaque établissement de l’enseignement secondaire comporte un CDI, lequel accueille une tranche d’âge de lecteurs de 10 ans pour les collèges, à 20 ans et plus pour les filières post-bac BTS. Il s’agit donc de satisfaire les besoins et la curiosité d’un vaste public, ce qui implique un budget assez important. La question est de savoir si les commandes effectuées par les documentalistes peuvent avoir un effet quelconque sur la production éditoriale.

L’enjeu d’une commande de livres dans le cadre particulier des CDI

1 • Extraits de la circulaire du 13 mars 1986 évoquant le contexte de la politique d’acquisition.

-  " [Le documentaliste] organise [...] une présentation du centre de nature à instaurer entre les professeurs, les élèves et lui-même, un dialogue permanent sur les ressources disponibles, les modalités de leur classement et les méthodes de recherche documentaire. "

-  " Dans les lycées technologiques et professionnels, il prend effectivement en compte les besoins des enseignements professionnels et technologiques, au même titre que ceux des enseignements généraux. À cet effet, une collaboration étroite s’établit avec le chef de travaux, notamment pour la collecte, le classement et la mise à disposition des documents relatifs à l’information technique et professionnelle. "

-  " Le documentaliste-bibliothécaire devra ainsi faire en sorte que le centre soit un lieu de rencontres et d’échanges que les élèves fréquentent volontiers, soit pour rechercher des informations nécessaires à leur travail, soit pour le plaisir de lire et de découvrir. Il conviendra donc de veiller à ce que le fonds documentaire soit suffisamment riche et diversifié pour répondre aux besoins et aux curiosités des élèves, contribuant ainsi à réduire les inégalités face au livre et, de façon générale, aux sources d’informations. "

-  " Le documentaliste-bibliothécaire est responsable du centre de ressources documentaires multimédia : Sa mission consiste d’abord à veiller au bon fonctionnement d’un centre de ressources documentaires qu’il met à la disposition des utilisateurs. Il assure la responsabilité du fonds documentaire, de son enrichissement, de son organisation, de son classement et de son exploitation en faisant appel aux normes et aux techniques répertoriées de documentation, qu’il s’agisse de livres, de documents, de photographies, de diapositives, de films ou de bandes sonores. Il contribue à son enrichissement en s’appuyant notamment sur les indications que lui donnent les professeurs de chaque discipline. "

Le fonds doit donc correspondre aux besoins et aux curiosités exprimés par les professeurs et les élèves de l’établissement.

-  " Il peut être appelé, à titre consultatif, aux réunions du conseil d’administration dans la mesure où il est concerné par l’ordre du jour (répartition de crédits, aménagements du CDI, projet pédagogique impliquant la participation du centre...). "

C’est le documentaliste qui, par la qualité de ses arguments, de ses projets et de ses relations avec l’administration, influence le montant du budget accordé au CDI...

L’un des objectifs du documentaliste étant d’ajuster l’offre à la demande, il s’agit pour lui d’adapter le fonds au public scolaire, de le renouveler et de le mettre à la disposition des élèves, des professeurs et autres membres de la communauté éducative.

2 • Quelques chiffres concernant le budget affecté aux centres de documentation et d’information.

Deux types de dépenses concernent le CDI : la dépense d’investissement qui reste ponctuelle (achat du mobilier, équipement informatique, etc.), et la dépense de fonctionnement, relative aux dépenses de gestion courante, déterminée et contrôlée par le chef d’établissement - l’ordonnateur - et l’intendant.

-  Selon les chiffres estimés par Jacqueline Bayard-Pierlot dans Clés pour le CDI [2], publié en 1994, le budget moyen d’un CDI de lycée polyvalent s’élève de 30 000 à 60 000 francs, celui d’un lycée technique ou professionnel à 40 000 francs et plus, alors que celui d’un collège avoisine les 10 000 francs. Si nous considérons les données du Quid 1999 [chiffres INSEE des établissements du second degré (1995-1996)] qui dénombre 5 140 collèges, 1 159 lycées professionnels et 1 476 lycées, cela fait un budget national investi dans le fonds des CDI de :(5 140 x 10 000 F) + (1 159 x 40 000 F) + (1 476 x 45 000 F) = 164 180 000 F

-  Quelle part est consacrée précisément au livre dans ce budget ? Une enquête menée par la revue professionnelle INTER CDI en 1994 [3] révèle que 30 à 50 % du budget des CDI est destiné aux abonnements (pour les professeurs et les élèves) et montre que " dans la majeure partie des établissements, 50 à 60 % du budget est consacré aux achats de livres (romans, usuels, documentaires) ". En outre, il arrive fréquemment que le foyer socio-éducatif et que le solde des crédits d’enseignement non utilisés par les professeurs, complètent avantageusement ces données. Ce pourcentage de 50 à 60 % fait donc apparaître un pouvoir d’achat d’au moins 82 millions de francs, ce qui est considérable. Nous pouvons en conclure que dans de nombreux établissements, les budgets " livres " et " presse " s’équilibrent à 50/40 %, les 10 % restants étant destinés aux fournitures et matériel de bibliothèque.

3 • Quels sont les critères d’une commande ?
-  Au regard des missions qui sont confiées au documentaliste, la commande est majoritairement en relation avec des objectifs pédagogiques. Le CDI n’est pas un supermarché et la fonction de documentaliste implique des choix : ainsi, le fonds ne comporte ni abonnements ou ouvrages à caractère pornographique, ni lectures incitant à la haine raciale, tout en veillant à proposer des documents respectant diverses opinions politiques et religieuses.

-  La commande est aussi déterminée par le budget disponible, proportionnel à la nature de l’établissement. Les documentalistes attendent le plus souvent, pour leurs commandes, que les ouvrages sortent en édition de poche (de 20 à 50 F le livre), si bien que le fonds de fiction est essentiellement constitué de collections de poche.

-  Enfin, il faut chaque année évaluer l’état du fonds, le renouveler et le compléter (inventaire, récolement, désherbage, lacunes).

Analysant les résultats de cette enquête, Daniel Fondanèche relève certains critères de sélection d’une commande, auxquels nous ajouterons le démarchage direct au CDI.

-  La fréquentation des librairies : librairies privées, relais des diffuseurs et éditeurs, ou librairies des CRDP [pour 4 %, selon l’enquête]) - Électre [10 %, selon l’enquête] - Les émissions littéraires [13 %] - Les salons et expositions [30 %] - L’influence du libraire local [30 à 35 %] - La publicité reçue des éditeurs [66 %] - La lecture d’analyses critiques dans les revues professionnelles ou non (INTER CDI, Lire au collège, Lire, Télérama, etc.) et en particulier dans le Cahier des livres [74 %] - La demande des élèves : cahiers de suggestions d’achats [77 %] - La demande des professeurs [85 %] : l’enrichissement du fonds pour répondre aux besoins d’activités pédagogiques (projets, travail de recherches, exposés, préparation d’un voyage, d’une exposition intra muros...) et aux textes et programmes officiels correspondant aux sections représentées dans l’établissement.

L’acte de commande de livres est donc le fruit d’une information et d’une démarche en partenariat. Les demandes des élèves et des professeurs se conjuguent aux lectures sélectives faites par le documentaliste (analyses critiques et publicités dans les revues), sachant que les œuvres littéraires au programme, les dictionnaires, les encyclopédies et les documentaires traitant des notions abordées en cours, se révèlent indispensables dans les CDI.

Une fois ce fonds constitué ou renouvelé à la demande des usagers, le documentaliste est seul juge des acquisitions susceptibles de plaire et d’intéresser son public. En devient-il pour autant la cible des éditeurs ?

Relations entre les documentalistes et les éditeurs

1 • Une information éditoriale limitée.

La connaissance de l’offre éditoriale repose essentiellement sur les catalogues envoyés chaque année par les éditeurs, ou récupérés en librairie et lors de salons du livre. Leur contenu est davantage publicitaire que critique ; seules les références et la nature de l’ouvrage sont informatives. Internet, par ailleurs, change les pratiques ; les éditeurs envoient directement leurs publicités vers la messagerie électronique de l’ensemble des CDI connectés, pour un coût infime. Beaucoup, comme Gallimard, proposent leur catalogue en ligne, consultable à l’aide d’un moteur de recherche.

2 • La revue professionnelle INTER CDI constitue un intermédiaire déterminant entre les éditeurs et les commandes des documentalistes.

-  Le Cahier des livres d’INTER CDI, en particulier, est devenu un outil efficace pour les commandes des documentalistes. Il regroupe les analyses des nouveautés faites par des collègues, selon un classement par niveau, par nature et par maison d’édition. L’enquête citée plus haut précise que " l’usage du Cahier [par plus de] de 50 % (36 % l’utilisent régulièrement, 24 % assez souvent) confirme le sérieux de ses critiques par rapport à certains journalistes, spécialisés ou non, qui se contentent de recopier la 4e de couverture. " [...] " Les critiques paraissent intéressantes dans 85 % des cas ". Aussi la lecture du Cahier des livres induit-elle " de 10 % à 80 % des ouvrages commandés "…

-  Les résultats de l’enquête sur la revue INTER CDI [4] parus dans le n° 161 (septembre-octobre 1999), semblent conforter ces chiffres : 96 % des collègues ayant répondu à l’enquête, qu’ils travaillent en collège, lycée ou lycée professionnel, reconnaissent l’intérêt pratique du Cahier des livres, fréquemment utilisé pour leurs commandes de livres. Le niveau collège concerne la moitié d’entre eux, le niveau lycée(s) 35 % et le supérieur 12 %. Quant au niveau Passerelle, destiné aux faibles lecteurs et aux sections SEGPA en collège, il est utilisé souvent pour des commandes par 27 % d’entre eux, et quelquefois par 36 %.

La rubrique Suggestions permet aux éditeurs d’informer gratuitement les lecteurs de la revue de leurs nouveautés : elle est lue par 88 % des lecteurs, qui jugent ses informations " plutôt précises à 68 %, très précises à 18 % et elle est utilisée pour des commandes par 42 % quelquefois, par 34 % souvent ".

-  Par conséquent, la revue INTER CDI et son Cahier des livres, semblent donc constituer un outil efficace pour les éditeurs qui n’hésitent pas à envoyer leurs livres en service de presse pour qu’ils soient analysés ou simplement présentés ; il en est de même pour les cédéroms dans la rubrique Inter CDroms au banc d’essai. Un second avantage pour les éditeurs est sans doute le moindre coût de l’information diffusée par ce canal.

-  A contrario, une campagne d’information, via le publipostage, peut s’avérer coûteuse. Le CRDP de Nice a fait le calcul pour des " publicités [qui] sont éditées à 15 000 exemplaires chacune : une série collège, une série lycée ". Le total général (conception, diffusion et affranchissement) atteint de 59 000 à 69 000 F. [5]

Il ne s’agit donc pas de petites économies !

3 • Des Å“uvres de commande ?

-  Selon l’Encyclopædia Universalis, " près de huit livres sur dix sont des Å“uvres de commande qui, dans une immense majorité, sont proposées à un auteur par l’éditeur ".

Deux cas de figures seraient à distinguer :
-  1) L’édition programmée, au sens strict, qui répond à des instructions officielles (par exemple les livres scolaires, les manuels, les codes). Soulignons que jusqu’à présent, les CDI n’achètent pas les manuels scolaires qui leur sont offerts, suscitant une polémique de la part des libraires.
-  2) L’édition voulue par l’éditeur, " sur une échelle cinq à six fois supérieure, plusieurs milliers de titres [s’inscrivent] dans des collections imaginées par les éditeurs, selon des formules et des modules précis. En ce cas, l’éditeur définit les objectifs, les caractéristiques des ouvrages, leur niveau d’accessibilité. "

-  Le numéro spécial Littérature de jeunesse d’INTER CDI [6] met bien en évidence l’influence des documentalistes dans la production éditoriale ; les documentalistes ont introduit la littérature de jeunesse dans l’Éducation nationale, soucieux de donner le goût de lire aux élèves, de leur faire découvrir une littérature qui leur est véritablement destinée. Ils sont devenus un relais privilégié entre la demande des jeunes lecteurs - que les familles ne peuvent pas toujours satisfaire - et les éditeurs qui adaptent leur offre en conséquence. Le phénomène a peu à peu gagné les professeurs de lettres qui, d’abord réticents, ont convenu de l’intérêt de cette littérature qu’ils ignoraient le plus souvent, parce qu’ils ne l’avaient peut-être pas étudiée à l’université. De nos jours, plus de 500 Å“uvres de littérature de jeunesse sont recommandées dans les programmes officiels de français au collège. Pourtant, les éditeurs ne semblent pas avoir pris conscience du rôle joué par les documentalistes dans cet engouement pour la littérature de jeunesse. Combien de millions de livres de littérature de jeunesse ont-ils été achetés par les CDI, grâce à l’action des documentalistes dans le milieu scolaire ?

-  L’éditeur dispose de moyens multiples pour promouvoir ses ouvrages : la constitution de catalogues, l’information auprès des libraires, le service de presse aux journalistes de la presse écrite et audiovisuelle. Mais de plus en plus, la cellule de marketing va de pair avec celle de la publicité : elle commande " sur mesure ", après des études de marché précises, des livres conçus à la chaîne. C’est le cas depuis quelques années avec la série " Chair de poule " que d’autres maisons d’édition se sont empressées d’imiter. Les documentalistes s’efforcent de satisfaire la demande de leurs jeunes usagers et, en achetant ces livres, ils les dispensent de cet achat.

Les commandes des CDI ont-elles alors un effet positif sur la production éditoriale ?

Les usagers du CDI : l’emprunt et/ou l’achat ?

Nous ne pouvons évoquer les relations entre les bibliothèques en général et les éditeurs sans poser le problème du prêt des commandes passées. Cette réflexion s’appuie sur les résultats de l’Observatoire de l’économie du livre, dans la troisième partie de son rapport datant de 1995, " Les bibliothèques, acteurs de l’économie du livre. Articulation achat/emprunt " [7]. Y sont présentées des enquêtes quantitatives, ainsi que les pratiques et opinions des emprunteurs et des acheteurs de livres.

1 • Les bibliothèques scolaires sont privilégiées pour l’emprunt.

On constate dans le tableau 35 de ce rapport (source : SOFRES 1994 pour la Direction du livre et de la lecture), examinant les emprunts selon l’âge et l’appartenance sociale, que 27 % des 15/19 ans et 32,9 % des lycéens empruntent en bibliothèques scolaires. Par ailleurs, les bibliothèques scolaires ont une place importante chez les ruraux (pour 15,2 % de cette catégorie), importance que l’on ne retrouve pas en villes moyennes (8 %) et en agglomération parisienne (6,1 %). Enfin, le public scolaire est un public " captif " puisqu’il est tenu par l’obligation scolaire, la lecture d’œuvres conseillées et sa présence très longue à l’intérieur de l’établissement (transports scolaires, heures libres).

2 • L’emprunt comme mode de pré-sélection pour l’achat ?

Toujours selon la SOFRES, qui a posé la question uniquement aux acheteurs, la bibliothèque joue effectivement un rôle de présélection (7.1.a., p. 96), mais un dernier point de vue vient nuancer cette observation.

3 • Le débat du prêt gratuit.

Depuis 1994, on voit effectivement apparaître de temps à autre dans le quotidien Le Monde un article évoquant cette question : l’emprunt des livres doit-il être payant ? Certes, ces discussions ne concernent pour l’instant que les bibliothèques publiques, mais elles pourraient toucher un jour les bibliothèques scolaires, dont l’inscription et le prêt sont totalement gratuits. " Cette mesure est soutenue par une partie des éditeurs, qui mettent en relation, études à l’appui, la baisse des achats en librairie et la fréquentation accrue des bibliothèques. " [8]

La Direction du livre et de la lecture a mené une enquête sur le comportement des usagers des bibliothèques publiques : les résultats établis par la SOFRES sur un échantillon de 1 700 emprunteurs, remettent en question la conviction courante selon laquelle les bibliothèques publiques, jouant un rôle essentiel dans l’initiation à la lecture, amèneraient les jeunes à fréquenter les librairies. L’Observatoire du livre, qui fournit ces données, précise : " Si, sur l’ensemble de l’échantillon, 45,3 % des emprunteurs déclarent acheter de moins en moins de livres, la proportion passe à 65,9 % chez ceux qui déclarent en emprunter de plus en plus. Non seulement donc les emprunteurs des bibliothèques ne deviennent pas automatiquement des acheteurs en librairie, mais, à l’inverse, on voit les deux tiers de ceux qui empruntent de plus en plus restreindre simultanément le montant de leurs achats. "

Aujourd’hui, affirme Catherine Bédarida dans Le Monde, les bibliothèques deviennent des médiathèques, leur surface a doublé, leur modernisation a attiré un public plus jeune, si bien que " 100 millions de livres (selon les derniers chiffres ministériels) sont empruntés en une année dans les bibliothèques publiques, tandis qu’il se vend 300 millions d’ouvrages neufs. " [9]

Jérôme Lindon, PDG des éditions de Minuit, remarque que l’un de ses ouvrages a été prêté 58 fois par la seule bibliothèque universitaire de Paris VIII et n’a été vendu qu’à 135 exemplaires en un an. Une fois le tirage initial épuisé, déplore-t-il, le livre ne sera plus réimprimé. À long terme, les éditeurs renonceront à publier les travaux de recherches, à commencer par ceux des plus jeunes et des moins connus.

Dans un autre article du Monde, du 21 avril 1995, Pef, auteur de livres pour enfants, souhaite, lui aussi, qu’on reconnaisse la propriété intellectuelle des auteurs et que le prêt soit payant. Mais, ajoute-t-il : " je ne veux pas qu’on lèse les mômes " ; " il existe un formidable tissu d’instituteurs et de bibliothécaires qui défendent le livre […] " [10]

• Quels sont les arguments adverses ?

-  Selon une étude de l’Observatoire de l’économie du livre, l’achat et le prêt ne seraient pas des pratiques concurrentes, mais plutôt complémentaires. Les gros emprunteurs sont aussi de gros acheteurs. Les Français préfèrent acheter qu’emprunter. Ainsi, 40 % d’entre eux achètent des livres, sans pour autant fréquenter les bibliothèques.

-  Pour les bibliothécaires, la lecture publique gratuite est une conquête sociale, au même titre que l’école pour tous. La moitié des livres empruntés en bibliothèque le sont par des enfants. Enfin, les non-lecteurs n’achètent pas de livres. Aussi, la promotion de la lecture s’accompagne-t-elle souvent d’une promotion de l’édition, à travers les animations autour des livres.

-  Aux côtés des bibliothécaires nous trouvons comme opposants, les éditeurs pour la jeunesse de livres pratiques et de manuels scolaires.

Au regard de ces différents points de vue, quelle solution adopter ? À long terme, ne verrons-nous pas, comme pour les Å“uvres audiovisuelles, se mettre en place un droit de diffusion pour chaque livre acheté ? Ce débat, fort heureusement, ne touche pas encore les CDI ; mais si un jour c’était le cas, le principe d’obligation scolaire, doublé de celui de la gratuité entraînerait non pas le prêt payant, mais la diminution des acquisitions pour pouvoir payer en sus des droits de diffusion.

Il n’est pas facile d’évaluer le véritable impact des commandes de CDI sur la production éditoriale, pour la simple raison que les documentalistes passent presque toujours par le biais des libraires. La transaction financière, qualitative et quantitative, est donc indirecte.

Quelques constats en guise de conclusion

La revue INTER CDI est un outil qu’utilisent nombre de documentalistes pour effectuer leurs commandes (souhaitons que les éditeurs tiennent compte des remarques faites par les critiques sur leurs nouveautés...), et par conséquent, c’est l’un des meilleurs supports de communication pour les maisons d’édition.

Les éditeurs lancent de nouvelles collections en fonction des programmes scolaires, comme en témoigne " Résonances " qui propose précisément l’étude des Å“uvres au programme de français en seconde et en première. Cependant, ils s’inquiètent : cette collection complète, achetée par les CDI, empruntée gratuitement par les élèves, n’est-elle pas vouée à une vente limitée ?

La gratuité du prêt n’est pas seule responsable de la crise du livre, qui est non seulement économique, mais surtout structurelle. Bien que l’on n’ait jamais autant lu (ce que l’on oublie souvent), ni écrit - pléthore de revues, de livres, de cédéroms et maintenant... internet -, le livre a de plus en plus de difficultés, internes bien sûr (photocopillage, prêt gratuit) et externes dans le domaine du loisir et de l’information (télévision, ordinateur...). D’ailleurs, les éditeurs ne commencent-ils pas à remettre en question leur politique de non-médiatisation... ?

Notes

[1] Circulaire de mission n° 86-123 du 13 mars 1986, parue au BOEN n° 12 du 27 mars 1986 [RLR 523-6].

[2] BAYARD-PIERLOT Jacqueline, BIRGLIN Marie-José. - Clés pour le CDI. - [Paris] : Hachette Éducation, 1994. - 206 p. - 23 cm. - (Centres de ressources).

[3] FONDANÈCHE, Daniel. - La consommation livres des CDI : enquête menée par INTER CDI. - INTER CDI, juillet -août 1994, n° 130, p. 48-52.

[4] Les résultats de l’enquête sur la revue INTER CDI : analyse et commentaires. - INTER CDI n° 161, septembre-octobre 1999, p. 6-8.

[5] TIRAN Michel, LACHENMAIER Fabrice. - Vers les industries du savoir : l’édition pédagogique. - Z’éditions, CRDP de Nice, 1998. - 211 p. - (Z’éducation).

[6] Numéro spécial Littérature de jeunesse, INTER CDI n° 154, juillet -août 1998.

[7] Observatoire de l’économie du livre, RENARD H., ROUET F. - Les bibliothèques, acteurs de l’économie du livre. Articulation achat/emprunt, destiné à l’usage interne du comité de pilotage, 1995, 3e tranche : Enquêtes quantitatives, pratiques et opinions des emprunteurs et des acheteurs de livres. (Rapport non publié, consultation sur place tolérée par la Direction du livre et de la lecture, au centre de ressources : 27 avenue de l’Opéra, 75 001 Paris. Tél. 01 49 54 68 68).

[8] LINDON, Jérôme. - Bibliothèques et librairies. - Le Monde, 23 juin 1994, p. 2.

[9] BÉDARIDA, Catherine. - Les bibliothécaires défendent la gratuité des prêts. - Le Monde, 21 avril 1995, p. 30.

[10] Pef, auteur de livres pour enfants : propos recueillis par Catherine Bédarida. - Le Monde, 21 avril 1995, p. 30.

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