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Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 178

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Avant-propos
La nouvelle documentation, entre empirisme et modernité
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Claude Viry, professeur documentaliste au lycée Jules-Ferry de Saint-Dié (Vosges)
Dans l’appellation CDI, les utilisateurs des services proposés dans ce lieu ont tendance à s’intéresser surtout au volet de la Documentation, négligeant parfois le volet de l’Information. Or, selon l’adage cité dans la postface du présent dossier (p. 66), " l’information est une fin dont la documentation est un moyen ". Ce numéro, consacré aux nouveaux outils et aux nouvelles techniques au CDI, rétablit le juste équilibre entre les deux versants d’une fonction ambivalente, à la fois technique et pédagogique.
À propos d’outils confectionnés par les documentalistes, en vue de l’information des lecteurs, plusieurs contributions évoquent la difficulté d’évaluer leur efficacité de façon objective. Noter d’abord que le suivi des publications successives de produits documentaires sur support papier, selon un cycle annuel, donne l’occasion de renouer avec une tradition ancienne d’INTER CDI, tombée en désuétude (J.-M. Thérouanne, p. 7). En effet, les collègues collaborateurs de la revue n’envoyaient presque plus d’échos de leurs pratiques en la matière. Pourtant, ainsi que l’atteste ce témoignage, les documentalistes continuent à produire (ou à coproduire) des documents d’information de type traditionnel, sans qu’ils ressentent pour autant la nécessité de traiter, par écrit, d’activités considérées sans doute comme des banalités.
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Quelle efficacité réelle possèdent de tels produits documentaires ? Certains collègues semblent optimistes quant à la diffusion de bulletins d’information à périodicité plus ou moins régulière (Ch. Balenci, p. 13). Cependant, même dans le cas de figure le plus favorable, force est de constater que la communication orale demeure le moyen de communication le plus commode et que, à l’inertie d’une partie des professeurs, sans attentes ni besoins, peu de parades résistent. À ces réserves s’ajoutent des doutes plus prononcés quant à l’opportunité des publications régulières, vu le rapport entre la forte charge de travail fournie par les documentalistes et les faibles réactions induites chez les destinataires (A. Navarro, p. 11). Autrement dit, même si les besoins d’information de la majorité des enseignants se trouvent assez bien identifiés, rien n’apporte l’assurance qu’un bulletin de liaison, aussi bien rédigé soit-il, fournisse toujours le moyen d’information le plus pertinent. Au vrai, à défaut de critères objectifs, ce qui caractériserait le mieux l’activité d’information, dans un établissement scolaire, serait peut-être la " navigation à vue ", c’est-à -dire la méthode intuitive.
L’apparition de techniques numériques redonne-t-elle, enfin, un souffle nouveau à cette activité d’information ? Les avantages d’un bulletin sur support virtuel, dans le cadre de l’intranet, paraissent l’emporter sur les qualités, somme toute, limitées, d’un document sur papier : consultation à partir de n’importe quel poste informatique de l’établissement, archivage progressif, mise à jour presque immédiate, possibilité d’interactivité, etc. Mais, constate la même collègue (A. Navarro, ibid.), c’est encore une minorité de professeurs qui entretiendront leur curiosité en recourant à la navigation dans ces pages virtuelles.
Selon Vincent Liquète (p. 18), les difficultés des sites informatiques tiendraient aux contraintes imposées par la périodicité et le travail de mise à jour et, surtout, à la mauvaise définition du profil des destinataires réels des informations livrées ; seuls échapperaient au désintérêt les listes d’acquisitions du CDI et les sélections de textes officiels, censées être utiles à tous les utilisateurs. En fait, la vraie raison ne serait-elle pas le manque de projet réunissant les équipes pédagogique et éducative, comme le suggère Sandrine Leturcq (p. 16) ? Ainsi, pour clore ce thème, proposerait-on volontiers cette esquisse de loi : l’usage d’un outil de communication, aussi perfectionné soit-il, ne rachète pas le manque de volonté collective de communiquer.
C’est à nouveau l’utilisation d’outils électroniques qui est passée au crible des analyses de documentalistes, dressant l’inventaire des techniques mises en Å“uvre et des méthodes intellectuelles déployées dans les séquences de travail de recherche documentaire automatisée via Internet (M. Le Bras et V. Delarue, p. 21). Ces collègues montrent bien que la navigation à travers les sites, les pages Web et les hyperliens exige, de la part des élèves, l’application d’une démarche intellectuelle rigoureuse s’appuyant sur l’exercice de la pensée logique et sur un apprentissage minimal, sous peine de noyade. C’est pourquoi, par-delà l’engouement convenu pour les mirages de la technique, certains enseignants praticiens tentent de repérer les difficultés d’ordre conceptuel éprouvées par les élèves face à l’écran (G. Molle, p. 27). Erreurs et tâtonnements participent, certes, de l’incertitude cognitive engendrée par la confrontation du sujet chercheur au monde de la complexité (cf. la thèse de la pédagogie constructiviste), cependant, il existe des risques de désarroi intellectuel, dû au désintérêt des jeunes pour les sources d’information, au niveau de lisibilité trop élevé de certains textes ainsi qu’à la méconnaissance des repères d’identification des locuteurs, des dates et des contextes. Aussi est-il fréquent que le fil d’une recherche soit dévié de sa problématique originelle par capture de l’attention des jeunes, égarés dans le premier site venu, choisi plus ou moins fortuitement, faute de critères assurés. En fait, l’efficacité de la navigation sur Internet nécessite de posséder une aptitude convenable à la conceptualisation et une connaissance minimale d’un vocabulaire appartenant au registre soutenu (P. Gossin, p. 36).
À partir de ce type de constat s’établit le postulat relatif à la nécessité de former les jeunes dans le cadre du CDI (P. Argod, p. 40). D’après cette collègue, c’est précisément dans la formation des utilisateurs au multimédia que résidera la chance, offerte aux enseignants documentalistes, d’exercer une fonction pédagogique essentielle qui leur assurera, de surcroît, une légitimité professionnelle.
S’agissant des productions d’élèves au CDI, bien explorées ici (L. Sire, p. 42 et D. Chappey, p. 44), une autre contribution met l’accent à nouveau sur le nécessaire travail d’équipe porté par un projet d’établissement (Ch. Chatelin, p. 49). Faut-il adhérer au fol espoir de cette collègue lorsqu’elle prône la création, dans chaque établissement, à côté du CDI, d’un Centre de Ressources Multimédia (CRM), sous la houlette d’un professeur Chargé de Projet Multimédia (CPM) ? Idée séduisante, assurément, mais sans doute prématurée, vu les difficultés rencontrées par tant de CDI loin d’être équipés et encadrés selon les projets de normes patronnés par feu Marcel Sire, il y a plus de trente ans !
Fort intéressant et, en revanche, applicable dès maintenant, apparaît le travail de formation d’élèves à la logique qui préside à l’économie interne des moteurs de recherche (E. Valière, p. 47). S’inspirant de l’esprit des Mémodocnets, ce collègue a tablé sur l’analyse critique d’un annuaire de recherche et, sur la base des principes ainsi mis au jour, a invité les jeunes à construire, à leur tour, un annuaire de recherche adapté aux goûts et besoins propres à leur classe d’âge. Voilà , à coup sûr, un effort de démythification d’un outil et de conceptualisation qui devrait changer le regard de ces jeunes face au déferlement fascinant de données disparates.
Chemin faisant, les documentalistes sont engagés, pour satisfaire les besoins des utilisateurs des techniques multimédias, dans un processus de professionnalisation de plus en plus poussé, tant sur le plan technique que sur le plan pédagogique (J. Rossignol, p. 51). Cette affirmation s’avère vérifiée dans l’ensemble des centres documentaires, a fortiori dans les anciens Centres de Ressources Documentaires (CRD) des IUFM, intégrés désormais dans le réseau des Services Communs de Documentation (SCD) ; ils partagent avec eux l’accès au Système Universitaire de Documentation, base de données collective, au prix d’un gros effort de mise à niveau (O. Fournier, p. 55). Cette évolution préfigure peut-être la mise en réseau future des CDI dans les établissements secondaires.
À cette notion de réseau se rattache l’idée d’un apprentissage continué, tout au long de la scolarité secondaire et supérieure, des techniques de recherche documentaire selon une progression pédagogique méthodique. L’équipe universitaire québécoise, autour de Paulette Bernhard et Yves Léveillé, a produit des travaux remarquables pour identifier les six étapes de la recherche documentaire [1]. C’est sans doute, avec le référentiel de la FADBEN, l’une des mises au point les plus abouties parmi les propositions présentées dans le tableau synoptique de l’article. Depuis le début des années 1990, on peut affirmer que les enseignants documentalistes disposent d’une panoplie quasi exhaustive d’outils théoriques de référence [2], dignes de leur mission de conseillers en Communication, Documentation et Information, avec toutefois quelques manques spécifiques, comme le montre l’article sur le thésaurus mis au point par les collègues de l’enseignement agricole (K. Collet, p. 60). Reste à publier, en France, un référentiel interdisciplinaire de l’apprentissage des techniques documentaires, de la sixième à la terminale. À l’instar du B2i, il viendrait apporter la caution méthodologique aux activités actuelles fondées sur la pédagogie active (itinéraires de découverte, ECJS, TPE, etc.). À ce propos, on ne manquera pas de s’interroger sur les tergiversations des responsables des programmes, au ministère de l’Éducation nationale : quand aura lieu le grand " dessillement des yeux ", du côté de la rue de Grenelle ?
Notes
[1] Quelques sites Internet à consulter, en particulier au sujet du programme " Form@net ", dans le cadre des échanges franco-québécois : www.fas.montreal.ca/ebsi/formanet et mapageweb.umontreal.ca/bernh/TICI/tici_T1.pdf ; savoirscdi.cndp.fr/Outils Peda/Reflexion/referentiel.htm et www.ac-poitiers.fr/tpi/formanet/index.htm
[2] Penser aux apports théoriques de J. Dumazedier/H. de Gisors (1979, rééd. in INTER CDI, n° 170, mars-avril 2001) et de G. Di Lorenzo (Questions de savoirs, ESF éditions, 1992, coll. Théories et pratiques) sur le questionnement documentaire ; de B. Chevalier sur la lecture documentaire et la gestion mentale (Méthodes pour apprendre à l’école, au collège, Nathan, 1993).
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