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Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 237

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Gros plan sur... Nancy Horan
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Sarah Sauquet, professeur de lettres modernes au lycée Charles de Foucauld, Paris (75)
Enseignante puis auteur freelance pour le Chicago Tribune, Nancy Horan a vu son premier roman couronné de succès. Une fiction historique dont elle nous raconte la genèse, et sa fascination pour la véritable héroïne de Loving Frank, Mamah Borthwick Cheney.
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Sarah Sauquet : Le roman est centré sur la vie de Frank Lloyd Wright, et plus spécifiquement au travers de sa relation avec Mamah Borthwick Cheney. Comment vous êtes-vous intéressée à Frank Lloyd Wright ? Aviez-vous un intérêt particulier pour l’architecture ?
Nancy Horan : J’ai entendu parler pour la première fois de Frank Lloyd Wright et de son travail lorsque je vivais à Oak Park, dans la banlieue de Chicago. C’est en effet à Oak Park, au début du XXe siècle, que Frank Lloyd Wright a commencé à dessiner et à faire construire ses premières maisons. Oak Park a en quelque sorte été le « laboratoire architectural » de Wright durant la première décennie du XXe siècle. C’est notamment là qu’il a commencé à mettre en Å“uvre ses idées sur l’architecture organique.
Le roman est dédié à Kevin. Qui est-il ?
Kevin est mon mari, Kevin Horan, qui n’a cessé de croire, dès le début, en Loving Frank.
Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vous-même, vos origines et votre parcours en tant qu’écrivain ?
Je suis originaire du Nord-Ouest des États-Unis, et plus précisément de Springfield dans l’Illinois. J’ai ensuite étudié à l’université de l’Illinois, Urbana-Champaign, où j’ai obtenu une licence en littérature anglaise. Par la suite, j’ai enseigné pendant plusieurs années et travaillé dans le monde de l’entreprise avant d’avoir deux enfants, qui ont aujourd’hui 23 et 25 ans. Installée avec mon mari à Oak Park, j’ai commencé à travailler en tant qu’auteur freelance pour le Chicago Tribune et pour d’autres publications. Loving Frank est ma première œuvre de fiction.
En France, le roman a gardé son titre original. Pouvez-vous expliquer ce choix ? Ne pensez-vous pas qu’un titre anglais puisse dissuader les lecteurs français ?
Ce n’est pas moi qui ai décidé de conserver le titre anglais. J’ignore encore aujourd’hui les raisons exactes de ce choix.
Le roman a connu deux versions, la première incluant quatre points de vue. Pourquoi avoir finalement choisi d’écrire selon le point de vue seul de Mamah, et non pas d’alterner le point de vue des deux « héros », par exemple ?
Lorsque j’ai commencé à écrire la deuxième version, la voix de Mamah m’est venue d’une façon évidente, d’autant que je souhaitais que ce roman raconte avant tout son histoire à elle. Je voulais marcher sur ses traces, et relater ce qu’elle avait pu vivre. En agissant ainsi, j’espérais dépeindre le légendaire Frank Lloyd Wright et son travail à travers ses yeux. Son point de vue m’a d’ailleurs permis d’expliquer en termes simples l’essence du travail de Wright.
Qu’est-ce que le personnage d’Ellen Key représente dans le roman ? Que déclenche-t-elle et que révèle-t-elle chez le personnage de Mamah ? Ellen doit-elle être considérée comme une rivale ou un alter ego pour Mamah ?
Ellen Key a exercé une grande influence sur Mamah. Les lettres de Mamah à Ellen Key révèlent qu’elle s’est intéressée au travail de cette féministe lors de son séjour en France, après le scandale qu’elle avait causé. En proie à une implacable remise en question, Mamah a trouvé, dans les mots de Key, aussi bien du réconfort qu’un moyen de justifier ses propres actes. Ellen Key n’était pas une rivale pour Mamah, mais bien au contraire un mentor. Après avoir entamé une relation professionnelle avec cette philosophe suédoise réputée, Mamah découvrira néanmoins que ce mentor adoré n’était pas exempt de tout défaut.
Le roman traite de nombreux et différents sujets tels que la maternité, l’accomplissement personnel, l’engagement artistique et intellectuel. Avez-vous écrit Loving Frank en pensant à de jeunes adultes, et notamment à de jeunes femmes ? Pensez-vous que prendre des décisions est difficile, et en particulier pour les femmes, encore aujourd’hui ?
Je n’avais pas en tête de lectorat particulier lorsque j’ai écrit le roman. Je savais que Mamah serait un personnage sujet à controverse et il m’apparaissait évident que certains lecteurs ne l’aimeraient pas à cause des décisions qu’elle avait prises. J’ai décidé de ne pas la juger, mais de m’inscrire dans ses pas durant les années qu’elle a partagées avec Wright, dévoilant son point de vue durant ce voyage tout en permettant au lecteur d’observer ses choix et leurs conséquences. Je souhaitais que le lecteur soit l’instance qui jugerait les personnages. Mon intention était de dépeindre l’époque dans laquelle Mamah vivait et les forces qui s’abattaient sur elle et contre lesquelles elle devait se battre.
Certains lecteurs me disent que l’histoire de Mamah est très actuelle, car similaire à celle des femmes d’aujourd’hui qui se débattent entre les décisions relatives à leur carrière, à leur famille et à leur accomplissement personnel. Je trouve d’ailleurs que si la plupart des femmes d’aujourd’hui jouissent d’une plus grande liberté personnelle que les femmes de la fin du XIXe siècle, elles doivent néanmoins faire face à des décisions extrêmement difficiles.
En tant que lectrice, je m’attendais à ce que l’histoire finisse de façon tragique, mais dans une approche bien plus classique. En effet, la fin du roman est totalement inattendue et dépasse les attentes du lecteur. Êtes-vous consciente de cet effet ? Cette fin est-elle conforme à la véritable histoire de Mamah et Frank ?
La fin du roman est très proche de la vérité historique. Je souhaitais me conformer le plus possible aux faits réels, d’autant que je les trouvais extrêmement intéressants et émouvants.
Avez-vous doté Mamah de traits de caractère personnels ? Vous ressemble-t-elle ? Le personnage de Mamah a-t-il fait de vous une autre femme ?
À l’exception d’une dizaine de lettres écrites à Ellen Key, aucune autre lettre ne dépeignait les traits de son caractère. De ce fait, j’ai analysé ses prises de décision, sa famille, son environnement, son éducation et ai ensuite émis des hypothèses à partir de ces observations.
J’ai apporté au personnage de Mamah mes pro-pres expériences, ma compréhension et ma compassion en tant que femme, mère, épouse, sœur et amie. Je pense que l’on retrouve en Mamah certains de mes traits de caractère, mais je ne suis pas Mamah. Et non, je ne lui ressemble absolument pas.
A-t-il été difficile de quitter le personnage de Mamah ou continue-t-elle de vous accompagner, même après avoir écrit un autre livre ?
Après avoir passé sept ans à écrire ce roman, j’ai estimé avoir écrit l’histoire que je souhaitais raconter et me suis sentie prête à passer à autre chose. Tous ces personnages continuent néanmoins à m’habiter – pas seulement Mamah Borthwick et Frank Lloyd Wright, mais aussi Edwin Cheney, Lizzie Borthwick et Catherine Wright.
Le personnage de Frank Lloyd Wright est fascinant, complexe, et parfois même autoritaire. Ce portrait est-il fidèle à la réalité ?
Le comportement de Wright dans le roman est fondé sur des recherches personnelles. Plusieurs personnes qui avaient travaillé avec lui m’ont dit qu’ils avaient eu le sentiment que j’avais bien saisi le personnage.
Frank Lloyd Wright constitue-t-il toujours aujourd’hui une part importante de la culture américaine ? Les Américains connaissent-ils son travail ?
Frank Lloyd Wright est considéré comme le père de l’architecture moderne. Il y a vingt ans environ, une association professionnelle d’architectes américains a désigné Frank Lloyd Wright comme étant le plus grand architecte américain, et sa maison Fallingwater comme étant l’édifice le plus important des États-Unis. Néanmoins, la plupart des lecteurs du roman connaissent peu de chose sur Wright quand ils commencent leur lecture. Heureusement, beaucoup d’entre eux se mettent à lire d’autres livres à son sujet et à visiter ses constructions. Dans le Wisconsin, la maison de Wright, Taliesin, qui constitue une des étapes des circuits touristiques habituels, est désormais marquée du sceau « Loving Frank ».
Quel pourrait être l’ultime message du roman ?
Je vous laisse le soin de le trouver.
Pensez-vous qu’il y a toujours une femme derrière un grand homme ?
C’est presque toujours le cas !
En guise de conclusion, quel est le sujet de votre nouveau roman ?
Je ne suis pas encore autorisée à en parler, mais je suis heureuse de vous annoncer que j’ai trouvé un autre complexe et fascinant duo à mettre en scène. Le roman, dont l’action se déroule au XIXe siècle, sera publié aux États-Unis au printemps 2012.
Merci à Nancy Horan !
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