|
Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 230

Envoyer l'article à un ami
Autres articles à consulter en ligne dans la rubrique Notre fonction
Le pensum du mémoire professionel Daniel Fondanèche Quelle circulaire de mission pour les enseignants documentalistes ? Josée Aulagnier, Yolande Maury et Annick Navarro Les itinéraires de découverte… ou l’équilibre des pouvoirs Daniel Moatti Débat (suite) Aides éducateurs et CDI : Des textes et un projet… pour un projet de textes Gilles Perrin L’avenir de la documentation est dans le futur (1e partie) Daniel Fondanèche Analyse et diffusion de l’information Séraphin Alava BCD et CDI, la genèse Jean Hassendorfer Le CDI de vos rêves et si on passait commande ? Nathalie Pierrée et Sandrine Leturcq Rapport Durpaire : l’avis du Comité de rédaction d’Inter CDI
La conception et le fonctionnement du CDI, principes et rôles, Hubert Fondin - Université de Bordeaux 3 Le CDI vu par les élèves : Fréquentation Élodie Grandmontagne et Claude Poissenot Une nouvelle génération dans la profession. Titulaire académique : sang neuf, sans attache Sandrine Leturcq Le management pédagogique Michèle Mollard Un lycée pour le XXIe siècle : vers un rôle pédagogique renforcé des CDI ? Claude Viry Apprentissage de l’autonomie : une construction nécessaire. Convergences pédagogiques au CDI et en classe d’histoire-géographie Gérard Bécousse D’un CAPES... l’autre* Daniel FONDANECHE, chargé d’études IUFM Paris Dossier-débat : Emplois-jeunes François DAVEAU Textes officiels et documentalistes : Une lecture positive pour le collège Béatrice BOUCHERAT, documentaliste au collège Henri IV de Meulan (Yvelines) Entretien avec Roger Cuchin, une vie au service des CDI Propos recueillis par José Francés et Claude Viry Aller de l’avant. Les IPR et l’inspection François Daveau*, Secrétaire général du Cedis Le protocole d’inspection François Daveau, Secrétaire général du CEDIS Questions avant congrès François Daveau, Secrétaire général du Cedis Oui, concernés !! par François Daveau, Secrétaire général du Cedis Une fonction pédagogique toujours en construction François Chapron - Maître de conférences, IUFM de Haute Normandie, Rouen (76) Les jeunes et le besoin d’information Michèle Archambault - Professeur documentaliste au lycée Marguerite Yourcenar, Erstein (67) - Présidente Adben Alsace La vie scolaire en question François Daveau, Secrétaire général du CEDIS « Cachez ce livre que je ne saurais voir », ou le syndrome du carré blanc Mathilde Vendé, professeur documentaliste au collège Michelet, Saint-Ouen (93)*
Chroniqueuse au Cahier des livres le Projet de circulaire François Daveau, Secrétaire général du CEDIS La solitude des nouveaux stagiaires Propos recueillis par la Rédaction Garder le cap François Daveau, Secrétaire général du Cedis À l’aube de l’e-doc ? Éléments de langage et pratique du métier Le Comité de rédaction Le détournement François Daveau, Secrétaire général du CEDIS dossier FADBEN 2012 : Le Congrès des possibles, La Rédaction Professeur documentaliste… professeur à part entière
Les journées de l’Andep La Rédaction
|
|

Et avec ça… ne voyez-vous rien venir ?
|
|
François Daveau, Secrétaire général du Cedis
Véritable arlésienne jusqu’alors, le projet de nouvelle circulaire de mission était apparu au mois de mai de l’an dernier (voir InterCDI no 227, septembre 2010, p. 6). Le mois de juin 2010 avait vu trois versions successives être élaborées par un groupe de travail ministériel réunissant, sous l’égide de la DGESCO (Jean-Michel Blanquer) et de la DRH, la FADBEN et l’intersyndicale. Une dernière réunion devait avoir lieu le 29 juin, elle fut annulée sans explications.
|
Depuis, aucune nouvelle. Les courriers envoyés au ministère restent sans réponse… Jusqu’au 18 janvier où FADBEN et syndicats reçoivent un texte de circulaire quasi prêt à la publication au BO. Un délai ultracourt est donné pour faire des remarques sur le texte.
Et quel texte ! Plus aucune trace des avancées auxquelles le groupe de travail était parvenu. Un retour en arrière total. La référence à la circulaire de missions des professeurs (circ. 97-123 du 23 mai 1997) est supprimée. La désignation comme fournisseur de ressources/ingénierie de service est prédominante.
Quand on sait l’importance d’une circulaire de mission, plus d’un professeur documentaliste – bien au-delà des adhérents de la FADBEN ou du SNES et des autres syndicats – s’est senti indigné par le comportement expéditif et méprisant des représentants de l’institution.
La protestation collective s’organise : méls, courriers au ministère, demande de réunion du groupe de travail avant toute publication. La pétition sur le site du SNES a recueilli à ce jour près de 4 000 signatures.
Un courrier est adressé par les ADBEN académiques à certains IPR outrepassant leurs droits et ayant envoyé, déjà, aux chefs d’établissement le projet de circulaire ! On aura tout vu.
Quelle lecture de la circulaire, une fois parue, en feront principaux de collège, proviseurs de lycée et intendants ? C’est là le point important. La circulaire doit être lue et comprise par d’autres que nous.
Sous l’apparence de refléter la diversité de nos actions en CDI, le projet de circulaire – où chacun peut effectivement se retrouver – permet toutes les interprétations possibles par un chef d’établissement ou son adjoint. Qui ne voit là toute la source d’importantes dérives et de conflits à venir ?
Loin de définir un cadre prospectif, avec des termes définis, comme il se doit pour une circulaire de mission, le projet accumule les redites, les imprécisions et le rappel de dispositifs conjoncturels ou datés.
Qu’entendons-nous par « culture et maîtrise de l’information » ? .
Nous ne voyons pas vraiment notre relation directe avec les élèves. C’est pourtant là le fondement de notre profession, reconnu par le CAPES. Serions-nous les seuls enseignants à être « non concernés » [1] ?
L’inspection générale EVS suit une ligne et n’en dévie pas depuis des années : 1995, 2000, 2004… Françoise Ferry, Michel Poupelin, le Séminaire de Versailles, le rapport Durpaire…
Toujours aucun cadre, aucun contenu d’intervention pour une formation à l’information des élèves, à l’éducation aux médias… Ce sera encore au hasard des opportunités offertes, au bon vouloir de collègues compréhensifs. Quelle égalité pour les élèves ? Et ces collègues seront de moins en moins disposés à nous « prêter » leurs élèves compte tenu de la diminution de leurs horaires, de leur programme disciplinaire chargé, du recentrage sur l’examen… et du peu d’empressement de leurs IPR à encourager l’intégration dans leur cursus de fragments qu’ils jugeront comme des pièces rapportées.
Nous ne voulons plus de cette « mendicité ». Nous voulons qu’un module d’une dizaine d’heures annuelles soit spécialement destiné à cet enseignement en partenariat, les élèves en sachant préalablement la teneur et l’utilité.
La charge ajoutée de l’organisation d’un « parcours de formation à la culture de l’information » (PACIFI), son pilotage, sous l’autorité du chef d’établissement – la formation revenant aux autres enseignants – constituerait très certainement une profonde transformation de la profession. Est-ce notre souhait ?.
Réduire notre rôle à la « coopération », à la « facilitation » des usages des ressources, leur mise à disposition, à l’« aide », à l’« encouragement » (PACIFI, p. 12)… que de termes choisis pour circonvenir notre mission pédagogique première et finalement nous en écarter.
Des évaluations chiffrées, des tableaux renseignés, des compétences validées, des cases cochées, des certifications à contresigner… Voilà le travail administratif qui nous attendrait ?.
Il suffit de faire une lecture croisée des textes pour s’en rendre compte : une rhétorique habile ne peut masquer longtemps la chose.
S’occuper de l’ENT (espace numérique de travail), du site Internet de l’établissement, même partiellement, demande du temps et de l’attention. Certains jeunes collègues sortant du concours se sont vus sollicités par le chef d’établissement pour assurer l’administration du réseau. Il sont demeurés perplexes devant la proposition.
La gestion des connaissances (knowledge management), la structuration des données, l’ingénierie informationnelle, un prolongement du Scérén-CNDP dans l’établissement… est-ce cette vision que partage notre profession pour son avenir ?.
Si c’est le projet de certains d’être la plus grande partie de leur temps derrière l’écran, au calme dans un bureau, à gérer des données ou manager des équipes… voire sur plusieurs établissements, l’immense majorité des professeurs documentalistes sont avant tout motivés par la relation pédagogique directe avec les élèves et n’entendent pas changer de métier.
Tout faire dans un CDI (voire un ECDI !) qui ne désemplit pas… il faut revenir à la réalité. Le numérique a-t-il rendu folle la « haute » hiérarchie ?.
Daniel Moatti établit un troublant rapprochement dans son dernier livre issu de ses travaux à l’université de Dijon [2] ; il souligne (p. 144) « le dépérissement de l’idéologie politique laïque et la naissance d’un imaginaire techniciste français au sein du système scolaire », et spécialement à partir de 1989. Cela va très loin, les enjeux sont peut-être ailleurs. Lisez ce livre préfacé par Pascal Lardellier. Les pratiques Internet des adolescents y sont bien sûr abordées.
Le rapport Fourgous « Réussir l’école numérique » (2010) [3] dévoile la stratégie adoptée dans la droite ligne du traité de Lisbonne en 2000. Il énonce « 12 priorités et 70 mesures pour réussir l’école numérique en 2012 ».
Ce sont ces priorités que tentent, à marche forcée, actuellement, d’instaurer nos IPR et IG. D’où une certaine précipitation ici et là ! Mentionnons particulièrement les priorités suivantes qui nous concernent de près ou de loin :
Priorité 3 .
Faciliter l’utilisation des ressources numériques. Créer de nouveaux supports interactifs et des manuels numériques innovants ; droit d’auteur et exception pédagogique facilitatrice.
L’intégration des jeux sérieux [ ?] dans les apprentissages.
Favoriser le développement de ressources « libres » et mise à disposition de ressources non payantes.
Priorité 4.
Développer les espaces numériques de travail (ENT).
Créer une véritable démarche « zéro papier inutile » et une réflexion sur l’impact écologique du fonctionnement de l’établissement scolaire.
Création d’un espace partagé de communication (site, wiki, blog…), cahier de textes, service de Vie scolaire en ligne.
Priorité 5.
Généraliser les équipements pour l’apprentissage des langues et des sciences expérimentales.
Généraliser la baladodiffusion (pour favoriser la pratique orale des langues). Partenariat avec la Cité des Sciences.
Priorité 6.
Préparer aux métiers de demain en développant la culture de l’informatique et des outils numériques.
Apprentissage ludique du clavier à l’école primaire.
Découvrir et se former aux enjeux du numérique, mieux connaître l’informatique et mieux utiliser les outils.
Favoriser les parcours de formation en ligne, collaboratifs et participatifs, utilisables par tous les élèves pour s’approprier de nouveaux usages et modifier leur façon de se former.
Priorité 7.
Développer la créativité, la confiance en soi et l’autonomie par les outils numériques.
Mettre en place dans les collèges et lycées des espaces « ouverts » avec des ordinateurs fixes en libre accès pour favoriser l’autonomie des élèves.
Priorité 8.
Éduquer au numérique pour responsabiliser les élèves et les adultes aux enjeux de la société numérique.
Renforcer la formation citoyenne aux médias numériques dans le B2i, C2i et C2i2e (enseignant).
Mesure 41 : Développer l’éducation aux médias numériques par la création de kiosques d’accès à la presse numérique dans les centres de documentation et d’information (CDI) en lycée et faire évoluer les CDI (centres de documentation et d’information) des collèges et des lycées vers des ECDI (espaces de culture, de documentation et d’information) avec des accès numériques « ouverts » favorisant les pratiques collaboratives. .
Mesure 42 : Créer pour chaque élève un « parcours de culture de l’information et de formation à l’information » (PACIFI) pour favoriser son entrée vers le supérieur. .
Mesure 43 : Créer dans chaque lycée un espace numérique de communication, réseau social de co-éducation et d’aide de pair à pair pour les lycéens. .
Mesure 44 : Favoriser les pratiques participatives et de communication pour les délégués lycéens en créant dans chaque lycée un espace connecté, équipé d’un poste de travail informatique spécifique « vie lycéenne »..
Mesure 46 : Former les familles et les élus via les jeunes, les ENT et l’e-learning et créer l’accès aux services numériques pour tous mettant en place un réseau de points d’accès publics dans les structures scolaires. .
Priorité 9.
Prolonger le temps de l’école par le numérique et favoriser l’égalité des chances et la réussite scolaire.
Mesure 47 : Créer des points de consultation ou des bornes interactives dans les collèges et les lycées pour permettre à tous les élèves d’utiliser les matériels numériques et d’avoir accès aux services numériques pédagogiques, en particulier à l’ENT et à la Vie scolaire. .
Mesure 48 : Connecter les internats pour favoriser une égalité des pratiques par l’Internet pour tous. .
Mesures 49, 50, 51, 52 : Faciliter au domicile l’accès aux services en ligne de soutien et d’accompagnement scolaire (privé et public) par une exonération fiscale… prêt à taux zéro, aide aux élèves boursiers, forfait jeune collégien et lycéen pour Internet au domicile. .
Priorité 10.
Renforcer l’autonomie des établissements scolaires pour développer les services numériques et l’éco-citoyenneté. .
Mesure 53 : Poursuivre et intensifier la formation des chefs d’établissement (en particulier les entrants dans le métier) au management et à la conduite du changement, au pilotage du projet numérique et au leadership pédagogique. .
Mesure 54 : Créer et mettre en place un guide méthodologique des TICE actualisable et personnalisable en ligne. .
Mesure 56 : Mettre en place une chaîne numérique de dématérialisation des documents par un équipement spécifique et par l’espace numérique de travail (ENT).
Priorité 11
Mieux piloter le développement du numérique à l’école. Structurer le marché.
Mesure 63 : Créer un centre de recherche en ingénierie pédagogique (en lien avec une pépinière d’entreprises et de laboratoires de recherche).
Mesure 65 : Créer un fonds de capital risque TICE pour accompagner un marché de services (ingénierie pédagogique, formation, accompagnement, maintenance, ressources et logiciels numériques…).
Priorité 12
Médiatiser les enjeux du numérique en valorisant le travail des enseignants.
Mesure 68 : Lancer une grande campagne de presse et créer une manifestation, un « train de l’école numérique », circulant sur l’ensemble du territoire, pour démontrer l’apport des outils numériques dans le traitement de l’égalité des chances et en faveur de la réussite scolaire.
La nouvelle circulaire – si elle devait rester en l’état – nous ferait monter dans un drôle de train, pour une destination incertaine et sur une voie qui n’est pas la nôtre. Aussi convient-il aujour-d’hui, sinon de tirer le signal d’alarme, à tout le moins d’ouvrir les yeux et de nous poser quelques questions :
La politique documentaire est-elle à remettre en cause ?
Elle a du mal à s’installer. Le chef d’établissement a mille autres soucis et les collègues, pressés par le temps, ont d’autres obligations à satisfaire.
La politique documentaire est une importation du monde des bibliothèques où une vraie équipe – qui peut dépasser la trentaine de personnes – existe.
Est-ce à dire qu’avant 2005 les CDI, les établissements n’avaient aucune politique des acquisitions matérielles et de la gestion des ressources ? Non.
Pour des enseignants, ériger la chose en dogme premier au point de le faire coiffer l’ensemble de nos missions, il y a là comme une inversion, un contresens. Ne faut-il pas remettre les choses dans l’ordre, les vrais enjeux, pédagogiques, ayant une importance primordiale aujourd’hui ?
Le « tout numérique » est-il la nouvelle religion ?
Voyez plus haut le paragraphe sur le livre de Daniel Moatti : la perte de l’idéal laïque remplacé par la croyance en la toute-puissance du numérique ! Un curieux rapprochement. Plus prosaïquement, quand le serveur est en panne, tout s’arrête ! Plus d’accès à la base. Que ça dure et c’est la panique tellement la dépendance à Internet est grande. Sommes-nous prêts à ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier, comme dit la vieille sagesse ?
Bruno Devauchelle, sur son blog (3 février 2011) consacre un intéressant billet à « l’avenir des lieux de savoir dans une société numérique » : les musées, les bibliothèques, les librairies, les universités, les écoles… les CDI. Il souligne « le risque perçu par de plus en plus de responsables de ces lieux de savoir que le numérique ne devienne le seul espace d’accès au savoir, qu’il se constitue en “lieu de savoir” privé, voire solitaire. L’une des caractéristiques essentielles du CDI est de ne pas être organisé ni comme une bibliothèque, ni comme un musée, ni comme une classe, mais de permettre ces activités et bien d’autres encore. Puisse-t-il renforcer cet aspect pour devenir un vrai “lieu de savoir” permettant le décloisonnement, l’accompagnement, la structuration. S’il tombait dans l’un des trois modèles évoqués, il perdrait l’essentiel ».
Lieu « hybride » selon l’expression de Jean Hassenforder et Geneviève Lefort, la richesse du CDI doit demeurer… « pluri-supports » : numérique, papier, objets muséographiques, maquettes, œuvres d’art… l’esprit « curiosothèque » [4] !
Tablette numérique et papier, il va falloir y regarder de plus près : « la mémorisation des éléments d’un texte est plus importante – avec un écart de l’ordre de 20 % – lorsque celui-ci est lu sur le bon vieux papier » (Le Monde 21-22 novembre 2010, p. 2). La société Miratech a comparé les deux modes de lecture ; on peut consulter les résultats de son étude sur son site Internet.
Le mythe persistant des « digital natives », l’attribution gratuite d’un iPad à certains collèges du département des Hauts-de-Seine et de Corrèze à la rentrée dernière, la lecture sur tablette ont fait l’objet d’un bref débat sur la liste e-doc du 26 au 28 novembre 2010.
« La technologie est neutre, le développement de ses usages ne l’est pas » rappelait Daniel Moatti. « Les usages de l’Internet, du téléphone portable et de la télévision par les adolescents, usages prégnants dans la sphère privée, les éloignent de plus en plus de la culture scolaire et de la culture en général. » Quelles « connaissances » ont-ils au sortir de la scolarité, au seuil des études supérieures pour la plupart ?
Georges-Louis Baron et Éric Bruillard emploient même l’expression de « digital naïves », des proies faciles pour les diverses incitations du marché. Leurs utilisations des technologies sont fréquentes mais dans un spectre très limité et avec un degré d’autonomie relatif [5].
Aller à contre-courant semble une gageure. C’est pourtant ce qu’ont fait certains lycées et écoles, en France et ailleurs : « 10 jours sans écrans », redécouvrir les vertus d’un dialogue direct entre personnes.
Pour paradoxales et anecdotiques que soient ces expériences, il faut se poser la question du pourquoi de leur existence. « Apprendre » peut-il être le fait d’un mode unique ?
Oser remettre en question l’évaluation par compétences ?
Oui, c’est possible : dix ans après l’avoir mise en place, le gouvernement du Québec « remet les connaissances au cœur des apprentissages ». Le décret consacrant l’abandon de l’évaluation formelle des compétences transversales entrera en vigueur à partir du 1er juillet 2011. Ça vous surprend ? Allez voir sur votre moteur de recherche, tapez : compétences, évaluation, Québec, réforme.
Réformer la réforme est possible outre-Atlantique. Pourquoi pas ici ? Aucune situation n’est figée à jamais, surtout si elle est imposée d’en haut.
Ouvrons largement le débat sur le PACIFI, sur le livret de compétences et le reste… et remettons à une juste place les savoirs procéduraux et la maîtrise de l’information se limitant uniquement aux outils d’accès. Mais attention, cela ne veut nullement dire un retour en force d’un enseignement magistral des connaissances selon le vieux schéma disciplinaire et vertical, mais une démarche de projet faisant appel, comme dans les pays nordiques, à une authentique culture de coopération.
Doit-on ouvrir le débat sur les Learning Centres ?Naturellement oui ! Il y a certainement beaucoup de raisons d’aller plus avant après les discours enthousiastes entendus au séminaire national de l’ESEN à Poitiers les 23, 24 et 25 mars derniers, « du CDI au Learning Centre ».
D’abord s’informer : vous trouverez sur educnet un bon résumé du rapport de Suzanne Jouguelet, Inspectrice générale des bibliothèques, remis en décembre 2009 à Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ce rapport (46 pages ou 58 avec les annexes) est intitulé « Les Learning Centres : un modèle international de bibliothèque intégrée à l’enseignement et à la recherche ». Vous pouvez également le consulter sur Internet.
Le concept de Learning Centre vient des universités américaines, des bibliothèques universitaires, ensuite de Grande-Bretagne et des Pays-Bas. Littéralement le terme signifie « centre d’apprentissage » et n’a pas d’équivalent en français.
On avait déjà rencontré la chose, il y a une dizaine d’années, du côté des GRETA, de la formation continue des adultes sous l’appellation de « centre de ressources » avec des logiciels d’EAO, d’autoapprentissage. Et, à bien me souvenir, la création de la BPI au Centre Georges Pompidou (1976) à Paris, comme la Médiathèque de la Cité des Sciences à la Villette avaient bien des points de ressemblance avec les Learning Centres.
PRINCIPALES CARACTERISTIQUES DES LEARNING CENTRES :
Public : étudiants.
Formations supérieures courtes et professionnalisées (IUT, écoles spécialisées, sélectives) ; étudiants exprimant un besoin d’apprentissage individuel [6].
Surface : grande.
De grosses unités, 15 000 m2 pour le Rolex Learning centre de Lausanne. Le nombre de places se chiffre par centaines.
Locaux : vastes, transformables, adaptables à la taille des groupes.
« Ces architectures portent une grande attention à l’aménagement intérieur, au confort et à l’esthétique du mobilier, à la lisibilité de la signalétique pour créer des lieux attractifs. L’attention à la vie étudiante est marquée non seulement par la place du travail en groupe, mais aussi par des espaces de détente dont des cafés Internet.
Sur le plan architectural, une des caractéristiques des centres est la différenciation de zones selon les modes de travail : travail individuel au calme, zone de silence, ou travail de groupe. » (p. 2) La bibliothèque de l’Imperial College de Londres délimite clairement trois zones : « group study area », « quiet study » et « silent study » (p. 55, annexe 3).
« On trouve en outre à tous les niveaux des espaces de convivialité et de détente avec des supports d’information variés. Des aménagements permettent de profiter d’espaces cloisonnés sans être fermés pour travailler seul ou à plusieurs, toujours avec l’apport de moyens informatiques importants… de box vitrés pour de petits groupes avec câblage, vidéoprojecteurs… La signalétique joue un rôle essentiel et désigne notamment des espaces de travail individuel au calme, ou, a contrario, des espaces de groupe. Elle facilite une autodiscipline qui semble assez bien fonctionner. » (p. 32)
« Notons que, le plus souvent, des documents sur le comportement à adopter dans les centres sont élaborés : code de bonne conduite […] et il semble que l’autorégulation fonctionne de façon assez satisfaisante. » (p. 35)
L’amplitude horaire : maximale.
« C’est une donnée constitutive des centres : le 7 jours/7 et 24 heures/24 est affiché, mais la réalité est plus nuancée [7]. » D’autres centres ne sont ouverts que de 8 h à 23 h ; les samedis et dimanches, l’horaire d’ouverture peut être moindre (21 h le soir).
La large ouverture est une clé du succès de ces lieux de vie (p. 18).
Personnel : nombreux.
« À Glasgow, le Saltire Centre dispose de 250 agents avec de nombreux moniteurs étudiants. La bibliothèque compte pour sa part 25 agents : outre la responsable, 12 magasiniers, 8 bibliothécaires et catalogueurs, 4 bibliothécaires chargés des ressources électroniques. Le service de renseignement en ligne est très consommateur de temps du personnel […].
Graham Bulpitt [8] insiste sur le rôle des personnels pour le soutien à l’étudiant sous toutes ses formes : conseils-formations méthodologiques, assistance pour les problèmes d’information, pour les problèmes informatiques, soutien académique, tutorat et aussi ”accompagnement, motivation et confiance” ».
« Une des questions à approfondir serait l’analyse fine de la composition du personnel dans divers Learning Centres et le degré d’intégration, l’alliance la plus courante étant certainement celle des bibliothécaires et des spécialistes des technologies (informatiques, numériques, multimédia). L’idée est de rassembler des profils divers : au premier chef bibliothécaires et informaticiens, mais aussi les spécialistes de l’audiovisuel, de l’orientation, de la pédagogie. […]
« Le rapport américain analysant en 2007 les exemples de 18 bibliothèques avec Learning Commons insiste sur cette intégration des services et le mélange des cultures dans les équipes afin de surmonter les barrières entre professionnels. […]
« À Kingston une polyvalence très importante est demandée aux personnels des centres. » (p. 26)
« La question se pose de savoir jusqu’où peut aller la polyvalence des personnels… » (p. 27)
Fonds documentaire : offre variée et abondante.
Collections (papier et numérique), tutoriels, cours en ligne, produits multimédia… (p.14)
Facilités d’accès. « Un aspect majeur du programme [de Lausanne, Rolex L.C.] concerne la garantie de la conservation et de l’accès aux collections sur le long terme. » (p. 17)
Équipements : nombreux et renouvelés.
Postes informatiques partout, bornes d’aides et de conseil (p. 34), wifi généralisé (p. 16), scanners et imprimantes… outils bureautiques largement accessibles ; écrans mobiles, vidéoprojecteurs, caméra vidéo. « Il faut relever aussi l’importance des équipements d’impression et de reproduction. » (p. 15)
Services :
« Une offre de services d’assistance élargie » selon la formule de Graham Bulpitt (p. 16). « Tous services destinés à répondre aux besoins d’apprentissage » (p. 11). Renseignements, services à distance ; aide à la recherche, au travail de rédaction et de publication ; assistance informatique et à la production multimédia, à l’utilisation du matériel ; prêts d’ordinateurs portables ; services administratifs et sociaux, soutien aux étudiants dans différentes démarches (p. 10 et 11).
Moyens :
Les ressources financières provenant de mécénats sont fréquemment évoquées. « Il convient de noter que les budgets de fonctionnement doivent être régulièrement réévalués pour suivre le développement des offres de ressources et l’évolution des technologies : matériels, logiciels, réseaux. » (p. 22)
Sur la base de ces éléments – que vous retrouverez en consultant l’intégralité du rapport – vous pouvez avoir une idée plus précise de ce qui guide « la haute hiérarchie » de l’Éducation nationale. Le Séminaire de Poitiers en est directement le reflet.
Transposer le modèle ? C’est Byzance au CDI ! Rêver fait du bien de temps en temps. Les participants du séminaire, triés sur le volet, s’en sont payé une bonne tranche et des étoiles plein les yeux ! Regardons les choses de plus près.
Appeler autrement le CDI ?
Oui, à condition de savoir précisément ce que recouvre cette évolution. Un espace pour apprendre ? Normal dans un établissement scolaire. Un lieu de savoir, de lectures, un lieu d’enseignement et de formation tout à la fois, lieu où la curiosité s’exerce, où l’information se rassemble, se structure, se partage, se produit, où les projets naissent, les productions s’exposent…
Les notions de service, d’aide, d’assistance à l’élève ne sont pas des découvertes dans les CDI : qu’on se souvienne des « répétiteurs » d’avant-guerre, devenus « adjoints d’enseignement » (AE), ceux qui ont ouvert les premiers SDI… Seulement les temps ont changé, des savoirs nouveaux et fondamentaux sur l’information, les réseaux, les médias sont apparus et les enseignants documentalistes (les e-docs) sont les plus à même de permettre aux élèves de les construire. Un CAPES a été créé pour ça.
Il y a moyen de raisonner, dans le contexte actuel, autrement qu’en terme de « créer une nouvelle discipline » ou d’heures de cours à l’emploi du temps. Assez de cette caricature. Et le PACIFI qui nous « déchargerait » de notre mission enseignante n’est certainement pas la solution, mais une illusion de plus.
Pourquoi les Learning Centres ?
Graham Bulpitt7 le rappelle lui-même : « Ce sont aussi des raisons économiques et démographiques qui ont présidé à leur naissance : forte croissance de la population étudiante, insuffisance du nombre d’enseignants, pression financière. Dans ce cadre, le centre est un atout, une aide au travail en groupe, un service très utilisé et rentable qui correspond aux attentes de futurs employeurs en termes de compétences. » (p. 19 du rapport) Et voilà, tout est dit.
« Substituer aux moyens humains des moyens clinquants. Moins de profs mais plus d’ordis, d’où l’obsession fallacieuse de l’autonomie dont on sait pertinemment qu’elle favorise les élèves les plus avancés » résume dans un message un de nos collègues.
Rappel utile : notre public en collège, en lycée, ce sont de jeunes élèves, pas des étudiants post-bac. C’est une nuance. Et ce que l’on sait des usages avant tout ludiques et de communication (voire carrément déviants pour certains) qui sont les leurs devrait nous interroger. L’apprentissage autonome, activité phare des Learning Centres, n’est peut-être pas si évident et spontané.
« On n’a aucune garantie que les élèves s’emparent réellement des ressources » ajoute notre collègue qui s’interroge encore sur l’utilisation réelle des ressources numériques des BU par les profs de fac.
À l’ère des portables et des réseaux, les élèves préféreront peut-être se connecter à de tout autres « ressources » que celles offertes par le « centre ». Les choses sont sûrement à revoir.
Avec quel personnel ?
Une telle évolution entérine, de fait, la baisse des recrutements à laquelle nous assistons depuis des années. L’unique président des trois jurys du CAPES pourvoira-t-il la totalité des postes mis au concours ?
Évidemment les CDI, en France, ne sont pas comparables ni en surface, ni en budget, ni en personnel. Sur quoi pourrait porter une relative transposition, même si elle ne devait concerner que quelques « CDI-vitrines » fortement médiatisés ? Sur la durée d’ouverture ? Sur la polyvalence du personnel ? Sur l’aménagement des locaux de Vie scolaire ?
Horaires
Rappelons-le d’emblée, nos missions comportent un volet relationnel important : conduire, impulser des projets avec des partenaires extérieurs (culturels, scientifiques, techniques…) implique des contacts.
Effectuer une veille sur l’actualité, les parutions, lire pour promouvoir la littérature jeunesse nécessite qu’une part du travail professionnel relevant de notre autonomie s’effectue hors de l’établissement.
Il est à ce titre crucial que soit maintenue cette part de temps de 6 heures consacrée à l’accomplissement de ces missions. Nous défendrons très fermement ce point s’il venait à ne pas être compris.
Personnel affecté
Verrions-nous soudainement son nombre s’accroître ? Un poste, deux dans les très gros établissements, la tendance est partout à la diminution. Gel des contrats aidés (CES, CUI), non-renouvellement. Devrons-nous accepter les personnes systématiquement envoyées par Pôle-emploi, dont certaines n’ont pas de réelles motivations, ni qualifications pour ce travail auprès des élèves ? On sait que la situation comporte parfois des risques.
Les contrats précaires ne correspondent pas à un type d’équipement ouvert quasi non-stop. Il y faut un personnel stable, qualifié et rémunéré à la hauteur des missions et du travail accomplis. Or – cela n’échappe à personne – le mécénat n’est pas dans la culture française. On peut monter en épingle quelques réalisations de prestige, mais le compte n’y sera pas.
D’où viendraient ces financements fabuleux indispensables pour doter en matériels et en personnels les futurs Learning Centres ? Les suppressions de plusieurs dizaines de milliers de postes d’enseignants fourniraient-elles assez d’argent pour alimenter l’immense marché de l’éducation « nationale » en voie de simili « privatisation » [9] ? Sans parler des collectivités locales dont les ressources reposent sur nos impôts.
Quelle polyvalence ?
Accomplir plusieurs fonctions dans un même service est tout à fait concevable. Les personnes se connaissent, savent ce qu’elles ont à faire, à ne pas faire ; les conséquences de leurs actions, les limites sont connues ; on a pris le temps de la coordination ; l’implication est spontanée, l’échange facile ; l’un peut remplacer l’autre dans ses fonctions car il les connaît. Le service peut fonctionner dans l’harmonie et l’efficacité.
Inversement si la nature des fonctions à exercer est trop éloignée, si les conditions mentionnées ci-dessus n’existent pas ou sont trop légèrement formulées, polyvalence occasionnelle et totalement improvisée, les dysfonctionnements sont inévitables.
Le rapport sur les Learning Centres soulève le problème : « La question se pose de savoir jusqu’où peut aller la polyvalence des personnels : il convient de voir dans chaque cas le type de polyvalence et de complémentarité adaptée, ainsi que la proportion d’intégration des services par rapport à un simple rapprochement. » (p. 27)
La question de la Vie scolaire
Elle est au cœur des missions de l’inspection EVS et Jean-Louis Durpaire, IG EVS, dans le rapport du 2 mars 2009 sur « L’accès et la formation à la documentation du lycée à l’université : un enjeu pour la réussite des études supérieures » fait un constat juste de la situation sur les moyens attribués en matière d’assistants d’éducation : beaucoup d’un côté, rien de l’autre ; salle de permanence ou d’étude non encadrée d’un côté et CDI « envahi » de l’autre.
Il suggère une concertation, sous l’autorité du chef d’établissement, pouvant conduire à une meilleure répartition des assistants d’éducation. (p. 25 du rapport)
C’est peut-être souhaitable mais moins simple à réaliser dans le contexte actuel des emplois à durée limitée et de leur constante diminution. Dans les gros établissements, les CPE jonglent avec les difficultés. Espérer une amélioration de ce côté reste hypothétique.
Et puis il faut certainement regarder la question différemment : quels locaux existent pour accueillir les élèves quand les salles de classe occupent tous les bâtiments et que le GRETA occupe celles qui seraient disponibles ?
Foyer fermé, salle de permanence « blindée » (comme disent les jeunes maintenant !) égal CDI « envahi ». La priorité de la Vie scolaire serait plutôt de pouvoir accueillir dans des locaux spécifiques tous les élèves qui n’ont, ou ne désirent, rien faire de spécial, sinon discuter entre eux, consulter leur portable, jouer…
Si l’on doit tirer une première leçon du rapport sur les Learning Centres, c’est celle de l’indispensable restructuration des locaux de Vie scolaire afin qu’elle puisse pleinement assurer son rôle dans l’établissement.
C’est à cette condition que beaucoup de CDI pourront retrouver le calme et que nos collègues pourront continuer de travailler au lieu d’avoir à surveiller sans cesse des élèves dans une permanence de luxe.
Le grand souci des concepteurs des Learning Centres est de bien distinguer les espaces à activités de groupes, des espaces calmes et silencieux pour les activités individuelles.
L’article d’InterCDI, « La Vie scolaire en question » dans le no 224 de mars-avril 2010, (p. 11-13), traite abondamment des relations CDI-Vie scolaire [10]. Un autre article peut aider sur ce même thème : InterCDI no 200, mars-avril 2006 (p. 12 et suivantes).
Il est difficile de prévoir l’avenir, mais s’informer avec les autres pour comprendre, c’est déjà le début d’une action.
Notes
[1] Voir InterCDI no 213, mai-juin 2008, p. 6, article « Oui, concernés ! »
[2] MOATTI, Daniel. - Le Numérique éducatif (1977-2009) 30 ans d’un imaginaire pédagogique officiel. - Éditions universitaires de Dijon, 2010. (voir compte-rendu in InterCDI, no 229, janvier-février 2011, p. 78)
[3] François Fillon a confié à Jean-Michel Fourgous, député des Yvelines, maire d’Élancourt, une mission auprès de Luc Chatel sur la modernisation de l’école par le numérique. Consultation sur Internet.
[4] Voir InterCDI numéro spécial « Les CDI du XXIe siècle » no 172, juillet-août 2001, pp. 73-77.
[5] Technologies de l’information et de la communication et indigènes numériques : quelle situation ? http://sticef.univ-lemans.fr/num/vol2008/09r-baron/sticef 2008 baron 09.htm
[6] « Il semble que les Learning Centres soient particulièrement adaptés à des lieux de formations à vocation professionnelle, avec une proportion souvent importante d’étudiants étrangers. » (Page 13.)
[7] L’ouverture maximale rendue possible par le développement de la RFID (puces radio-fréquence) et des automates de prêt ne s’applique qu’à certains espaces. La présence de personnel de bibliothèque, bien qu’importante, est effective sur une amplitude plus réduite (p. 17).
[8] Directeur du Learning ressource center de la Kingston University à Londres. Il est le « père » des Learning Centres en Grande-Bretagne.
[9] Lire l’article de Jean-Michel Bazin sur le site de Trois Couronnes : « TIC, un marché convoité par les fournisseurs de services informatiques. » Voir également sur le Net une analyse très pertinente de Maryline Baumard, journaliste au Monde, sur la libéralisation par petites touches du système éducatif, « L’école française est-elle en train de changer de modèle ? »
[10] Consultation également sur le site de la revue : www.intercdi-cedis.org
Réagissez à cet article
|
|