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Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 224

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Gros plan sur… Christel mouchard

Lucile Sire - Professeur documentaliste, collège Villebois-Mareuil, Montaigu (85) - 1 050 élèves, 2 postes de documentalistes à temps plein.

À l’occasion d’un défi-lecture auquel participaient les classes de 5e, nous avons reçu au collège Christel Mouchard, auteure de La Princesse africaine. Après avoir lu son roman, les élèves ont eu la chance de la rencontrer au CDI et elle s’est gentiment prêtée à l’exercice des questions-réponses. Elle a ponctué son intervention de photos de paysages rapportées de son voyage en Afrique, qui ont servi de cadre à l’histoire.

Le métier

Quel a été votre parcours avant d’écrire ?
J’ai toujours aimé voyager et, après mes études en sciences politiques, je suis partie un an sur un bateau de huit mètres avec mon amoureux de l’époque. Nous avons traversé la mer Méditerranée et la mer Rouge. Je suis ensuite retournée en France où j’ai travaillé comme journaliste dans un magazine d’Histoire, puis je me suis mariée et j’ai eu deux enfants.

Qu’écrivez-vous ? ?
Outre les voyages, je suis passionnée par l’Histoire ; c’est pourquoi, je me suis mise à écrire des livres pour les adultes sur l’histoire des voyages, les explorateurs et surtout les exploratrices. Pendant longtemps, on pensait qu’il n’y en avait pas eu car on considérait que les femmes étaient des êtres fragiles destinés à rester à la maison. Or, j’ai découvert qu’il y en avait eu. Dans les siècles passés, de nombreuses femmes ont voyagé et sont parties explorer le monde. J’ai donc écrit plusieurs ouvrages sur ce thème, mais ne pensais pas qu’un jour, j’écrirais pour les jeunes.

Pourquoi avez-vous voulu vous adresser à un autre public ? ?
C’est un éditeur qui m’a demandé d’écrire pour les jeunes un livre sur l’histoire des voyages. J’ai d’abord refusé, puis j’ai tenté un essai, mais j’ai renoncé car je trouvais ce que j’avais écrit trop ennuyeux ! Quand l’éditeur m’a contacté de nouveau, j’ai voulu réessayer. Pourquoi ? Parce que mes filles avaient grandi et pouvaient m’aider. Je faisais lire ce que j’écrivais à l’une d’elles qui me donnait son avis et je reprenais mon texte. Finalement, je me suis aperçue que j’aimais ça, j’avais retrouvé les goûts et les rêves que j’avais à 13-14 ans et j’ai continué.

Combien de livres avez-vous écrit ? ?
Six pour les adultes sur l’histoire des voyages ; deux pour les jeunes et un autre est en préparation.

Pourquoi avoir choisi ce métier ? ?
Quand j’étais jeune, j’aimais bien lire et lire me faisait rêver. Il est vrai qu’il y avait très peu de télévision et pas de jeux vidéos ! Pour rêver encore plus, j’ai inventé des personnages, des histoires.

Vivez-vous de ce métier ? ?
Très peu de gens en France peuvent vivre du métier d’écrivain. J’exerce une autre profession dans le domaine de l’édition : je corrige les textes des autres.

Comment avez-vous découvert votre talent de romancière ? ?
Je n’ai pas commencé par le roman, mais par des livres documentaires. L’exercice est différent : il consiste à aller chercher des sources, des textes écrits à l’époque dont on veut parler, à les lire et à les transmettre avec d’autres mots tout en faisant des recherches complémentaires. Il est plus difficile d’écrire un roman car il faut inventer des personnages, une histoire avec un début et une fin ; le travail n’est pas le même. C’est long et compliqué et j’ai beaucoup, beaucoup recommencé !

Que cherchez-vous à transmettre dans vos romans ? ?
Je souhaite faire rêver mes jeunes lecteurs, mais aussi transmettre ma passion pour l’Histoire. Je veux éveiller la curiosité sur cette période et cette région du monde pour qu’ils puissent comprendre comment et pourquoi les Européens sont partis, un jour, à la rencontre d’autres peuples, d’autres continents. Peut-être, ainsi, prendront-ils le goût du voyage et auront-ils aussi envie de partir à la rencontre d’autres personnes, qui ont des modes de vie, des traditions différentes.

Le roman et l’Afrique

Combien de temps avez-vous passé pour écrire La Princesse africaine ? ?
Environ un an, mais je travaillais pour gagner ma vie en même temps.

La Princesse africaine a-t-elle été publiée dans d’autres pays ? ?
Le livre a été traduit en allemand et en espagnol.

Qu’est-ce qui est vrai dans La Princesse africaine ? ?
Les personnages n’ont pas existé tels que je les ai décrits, mais le reste existe ou a existé : • le pays : le Zimbabwe, avec ses paysages. Durant le périple, les personnages décrivent les lieux qu’ils traversent : les monts Matabélé, les marais, la brousse, la savane, les fleuves Zambèze, Limpopo… • la ville que Tchniza veut rejoindre avec David, le Grand Zimbabwe (Zimbaboué dans le livre), où règne sa mère, Néhanda. Il s’agit d’une forteresse en pierre, la seule en Afrique puisque, dans ce continent, on trouve plutôt des habitations en terre séchée, les cases. C’est une ville mystérieuse car les tours ne possèdent pas de fenêtres, l’intérieur est plein ; on se demande à quoi ces bâtisses pouvaient servir. • Zanzibar est une île située au large de la Tanzanie dans l’océan Indien. David est arrivé de cet endroit avant de rejoindre le pays shona. L’action du deuxième tome de La Princesse africaine se déroule dans ce lieu. Néhanda, la mère de Tchinza, y a été emmenée comme esclave. Cette île ne ressemble pas à l’Afrique car elle a été conquise par les Arabes. L’émirat d’Oman venait s’y approvisionner en esclaves amenés d’Afrique continentale. • le peuple shona existe et Tchinza, mon héroïne, fait partie de cette ethnie. Elle est habillée comme eux au xixe siècle, époque où je situe mon histoire. Les Shonas vivaient pratiquement nus, ils ne portaient qu’un pagne de cuir et une cape qu’ils attachaient sur l’épaule. Les femmes avaient les cheveux très courts et s’ornaient de nombreux bijoux. Les missionnaires sont passés par là et les ont « habillés », de même qu’ils les ont convertis au christianisme alors que traditionnellement ils priaient plusieurs dieux ; Tchinza évoque Moari, un dieu important qu’elle implore ; • le roi Shaka fut un roi zoulou réputé pour être sanguinaire ; • David est un personnage inspiré d’un explorateur célèbre, David Livingstone, qui a voyagé dans ces régions dans les années 1870. Les Africains n’avaient encore pas vu beaucoup de blancs qu’ils appellent les mouzoungous ; • la faune que croisent Tchinza et son expédition : les antilopes, les phacochères, les éléphants… • la flore décrite au fil du roman : baobabs, arbre mopané, cassave, manioc, sorgho…

Pourquoi Damian et Tchinza se quittent à la fin du deuxième tome ? ?
Mes jeunes lecteurs m’ont beaucoup posé cette question car ces deux personnages, alors qu’ils s‘aiment, retournent chacun dans leur pays. J’ai fait ce choix par souci de vraisemblance. À cette époque, il n’était pas pensable qu’une jeune Africaine et un jeune Anglais puissent vivre ensemble. Leur mode de vie et leurs traditions étaient trop éloignés. Aujourd’hui ce serait différent. Ils pourraient se rejoindre beaucoup plus facilement.

Comment avez-vous imaginé le personnage de Moutiti ? ?
Je me suis inspirée de l’histoire vraie vécue par l’explorateur Samuel Baker, qui a voyagé jusqu’aux sources du Nil avec sa femme. Il avait rencontré un petit Africain orphelin qui lui avait servi de guide. Ce garçon auquel il s’était attaché est malheureusement mort au cours du voyage. C’est son témoignage qui m’a donné envie d’écrire La Princesse africaine.

Avez-vous voyagé dans ces pays d’Afrique pour écrire le roman ? ?
Oui, je suis allée à Zanzibar, au Zimbabwe, au Botswana et en Tanzanie. Quand j’écris un livre sur l’histoire des voyages, je fais en sorte de me rendre sur place pour les recherches, l’atmosphère et le plaisir. J’ai donc en effet visité les pays que j’évoque dans La Princesse africaine.

Pourquoi cette région-là d’Afrique ? ?
Parce que je me suis longtemps intéressée à l’explorateur David Livingstone et que je voulais visiter les régions où il avait voyagé. Y avait-il du commerce d’esclaves au Zimbabwe ? ?
L’esclavage a concerné pratiquement toute l’Afrique. En France, on connaît et on parle davantage de l’esclavage pratiqué à partir des pays colonisés par les Français : les marchands d’esclaves partaient des grands ports français pour aller chercher des esclaves en Afrique de l’Ouest et les amenaient aux Antilles pour travailler dans les plantations. Ce trafic s’est arrêté au début du xixe siècle, après trois épisodes importants : l’abolition de l’esclavage par la Convention, son rétablissement par Napoléon Bonaparte, puis le décret officiel d’abolition le 4 mars 1848. Mon récit se situe plus tard, car en Afrique de l’Est, le commerce des esclaves a duré plus longtemps. Les trafiquants d’esclaves de Zanzibar menaient des raids dans les villages africains de l’Est ; ils pillaient, brûlaient tout et ramenaient les hommes, les femmes et les enfants comme esclaves. Attachés par des colliers de bois et des chaînes, ils arrivaient en longues caravanes au marché des esclaves à Zanzibar, d’où ils étaient envoyés dans des exploitations locales, et jusque dans le Sud de l’Arabie, aux Seychelles…

Quelles sont les croyances religieuses des habitants ? ?
Les Africains croient en plusieurs dieux ; le dieu principal des Shonas est Moari, mais ils avaient aussi d’autres dieux représentant les ancêtres. Après la mort d’Ysabel, Tchinza se retrouve près d’une tombe d’un chef et elle pense voir sortir l’âme du mort sous la forme d’un lion. On ne fermait pas les tombes chez les Shonas pour que l’âme puisse en sortir.

Quelles sont les ressources du Zimbabwe ? Et de l’île de Zanzibar ? ?
Essentiellement l’élevage et l’agriculture. Ce pays rencontre en ce moment de graves problèmes économiques. Le tourisme est la principale richesse de Zanzibar à l’heure actuelle, alors que le clou de girofle fut longtemps la spécialité de l’île. De grandes plantations de girofliers nécessitaient une main- d’œuvre importante, d’où le trafic d’esclaves, car le clou de girofle était vendu dans le monde entier comme épice ou pour fabriquer l’arôme de vanille.

Parlez-vous uniquement de l’Afrique dans vos livres ? ?
C’est le continent dont j’ai le plus parlé, mais mon prochain roman pour les jeunes se situera au Vietnam, en Indochine précisément puisque le récit se passe au début du XXe siècle, quand cette partie de l’Asie était occupée par les Français. C’est l’histoire d’une adolescente qui part rejoindre son père en Indochine, mais ce dernier a disparu mystérieusement et elle se retrouve seule.

Le défi-lecture et le projet Afrique

Cette animation-lecture est proposée chaque année aux classes de 5e et elle a l’originalité d’être thématique. Les titres sélectionnés en 2007-2008 avaient comme point commun le cadre où se déroule l’histoire, à savoir l’Afrique. Par groupe, les élèves lisent les documents et viennent, au CDI, répondre à des questions à partir des postes informatiques. La clôture du défi est marquée par la rencontre avec un auteur d’un des romans en lice.

Le projet est plus ambitieux et ne se réduit pas à cette action. L’objectif est de travailler le thème choisi en interdisciplinarité dans le but de créer une exposition pour le salon littéraire qui se tient dans notre ville. C’est ainsi qu’au cours de l’année, plusieurs enseignants ont exploité le sujet dans leur discipline. L’aboutissement : la production de multiples travaux d’élèves : panneaux en IDD, statuettes et masques africains en arts plastiques, lecture à voix haute et illustration de contes africains en français, cartes d’identité des pays d’Afrique en géographie, etc. Autant de réalisations valorisées dans le stand du collège lors des trois journées du Printemps du Livre, et qui ont contribué à donner du sens aux apprentissages effectués cette année en classe de 5e. La dimension solidarité et ouverture sur le monde n’a pas été oubliée puisque les élèves ont assisté à un spectacle qui leur a présenté l’histoire vraie de deux Maliennes. Un repas et des actions humanitaires au bénéfice de l’Afrique leur ont également été proposés.

Bibliographie : ?
MOUCHARD, Christel. - La Princesse africaine. Sur la route de Zimbaboué, 1. - Flammarion - (Grands Formats), 2006. - 263 p.
Fille de la reine de Zimbaboué, la princesse Tchinza est retenue prisonnière par le roi sanguinaire Shaka qui veut en faire une de ses épouses. Pour échapper à ce triste sort, elle devient le guide d’une famille d’explorateurs blancs qui cherche à rejoindre la légendaire ville natale de Tchinza. Commence alors un long périple dans l’Afrique du xixe siècle, semé d’embûches et d’incertitudes… Un roman bien documenté par un auteur qui connaît bien le sujet. Il nous tient en haleine jusqu’au bout car le récit est dynamique. Il est suivi d’un deuxième tome, La Princesse de Zanzibar, à lire absolument.

MOUCHARD, Christel. - La Princesse africaine. - La Princesse de Zanzibar, 2. - Flammarion (Grands Formats), 2007. - 278 p.
On retrouve notre héroïne Tchinza qui est de retour dans son village natal, Zimbaboué, où elle se fait une joie de revoir sa mère, la reine Néhanda. Comble de malheur, cette dernière a été enlevée par des trafiquants d’esclaves qui l’ont emmenée sur l’île de Zanzibar. Elle vit dorénavant dans le harem d’un sultan à qui elle a été vendue. Tchinza décide de partir avec ses amis (les explorateurs anglais et ses compagnons africains) pour la délivrer…

Tout aussi captivant que le premier volume, ce roman nous fait découvrir Zanzibar, cette île aux teintes arabe et musulmane, plaque tournante de l’esclavage. Les relations entre Tchinza et Damian, le fils de l’explorateur anglais, très conflictuelles au départ, donnent naissance à des sentiments amoureux, ce qui ajoute du piment à l’histoire.

Christel Mouchard vient de publier un troisième roman pour la jeunesse, Le Secret de la Dame de Jade, qui se déroule cette fois en Indochine.

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