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Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 142

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Analyse et diffusion de l’information
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Séraphin Alava maître de conférences
Les dix dernières années sont considérées par beaucoup comme la décennie de l’explosion informationnelle*. Le flot est tel qu’il inquiète les uns et enthousiasme les autres. Les rapports économiques prennent en compte cette mutation. L’entreprise subit une évolution importante pour relever ce défi. L’école, elle aussi, est prise dans cette logique mais peine à suivre ce bouleversement. Cet article se veut donc un moment de réflexion sur les problèmes liés à la recherche et la diffusion de l’information au sein de l’école.
Face à la mutation des systèmes de production, de consultation et de diffusion de l’information, quelles attitudes, quelles priorités, quelle politique mettre en place au sein de nos CDI ?
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L’essor technologique a multiplié les supports de communication. La technologie numérique, les réseaux câblés, l’apparition des communications par satellites entraînent une transformation des espaces et des relations sociales. L’éducation et la formation voient leurs horizons s’étendre ou s’élargir avec l’arrivée dans l’espace scolaire des nouvelles technologies. Les autoroutes de la communication nous conduisent à repenser la création, l’édition, la culture sous l’angle des mutations informationnelles. Lieu par excellence du savoir et de la durée, l’école est réticente face à cette révolution.
Les obstacles à l’information
Confronté à la fois à ces mutations lointaines et à la réalité du quotidien, l’établissement scolaire est le lieu où se focalisent les mutations informationnelles et technologiques. L’information qui submerge l’école est porteuse de projet et d’énergie mais aussi de bruit et d’illusion.
"À une certaine vitesse, celle de la lumière, on perd son ombre. À une certaine vitesse, celle de l’information, les choses perdent leur sens. "Jean Baudrillard, propos recueillis par Bertrand Leclair, (Politis, n° 18, mai-juin 1994)
Alors, comment trier, sélectionner et hiérarchiser l’ensemble des informations ? Comment contribuer à leurs médiations auprès des utilisateurs enseignants ? Quelles stratégies informatives adopter ? Voilà les questions que se pose le documentaliste dont le regard reste fixé sur trois constats que nous devons analyser.
1 - L’illettrisme professionnel
Les pratiques réelles d’information des enseignants et des futurs enseignants sont loin de correspondre à cette montée en puissance des informations que peuvent laisser présager les discours technologiques dominants (voir les recherches menées de 1985 à 1992 - Gambard, 1987, Eteve, 1992, Alava, 1993). Les enseignants font-ils de la résistance, sont-ils déjà noyés dans le flot tumultueux des documents ou ont-ils, comme d’autres professionnels d’ailleurs, des difficultés réelles à construire des stratégies professionnelles d’information ? Les enseignants sont sous-informés et leurs démarches informationnelles sont erratiques et tâtonnantes. La fréquentation des lieux documentaires (dont le CDI) est faible et peu régulière. Ces enseignants lisent peu - quelques manuels scolaires - et éprouvent des difficultés à utiliser des informations qui ne sont pas stricto sensu dans leur cadre disciplinaire.
Réalisée en 1994 sur trente-deux établissements, une recherche sur les modes de diffusion les plus pertinents des informations par le CDI auprès des enseignants nous confirme la prépondérance du canal oral et de l’échange impersonnel comme média le plus efficace au sein d’un établissement scolaire. " La meilleure façon de transmettre des informations, c’est encore de boire le café dans la salle des profs ! " Voilà ce que nous dit une documentaliste d’un établissement scolaire câblé, possédant un système interne de vidéo et disposant d’une messagerie minitel et de trois panneaux d’informations électroniques.
Dans cette perspective, la préoccupation de l’établissement ne doit plus être la diffusion de l’information mais, bien en aval, la sélection et la validation de celle-ci. Le CDI a un rôle essentiel à jouer en partenariat avec les collègues et le chef d’établissement. Lieu de documentation, d’apprentissage et d’information, le CDI doit pouvoir devenir un lieu d’expertise et de médiation des informations. Le documentaliste au sein d’une équipe éducative doit contribuer à la mobilisation de l’établissement, afin de préparer élèves et enseignants aux maîtrises informationnelles indispensables aux professionnels et aux futurs citoyens.
2 - La surinformation
Chaque jour, le CDI est le destinataire d’une quantité croissante de courriers, spécimens, offres, etc. Le documentaliste, le conseiller d’éducation, le chef d’établissement, les enseignants eux-mêmes ont à gérer une multitude d’informations formelles ou informelles, publiques ou privées, indispensables ou anecdotiques qui submergent l’établissement. Alors, le risque est grand de reproduire au sein de l’école des hiérarchies informatives extérieures - on valorise les maisons d’édition ou de production les plus riches (les opérations publicitaires de type Germinal, par exemple) ; de survaloriser des cultures et un mode de vie à l’américaine ; et en revanche, de laisser sans réponse des demandes individuelles locales, de ne pas percevoir ainsi les problèmes locaux réels.
L’analyse des différentes propositions, des nombreuses informations culturelles et sociales et des diverses actions pédagogiques offertes aux enseignants doit être l’occasion de définir des priorités, des stratégies de recherche d’informations, afin que le documentaliste puisse être à la fois un veilleur et un médiateur des informations essentielles à la vie de l’établissement.
3 - L’information, les données, le savoir
Le troisième obstacle à l’information réside dans la confusion générale qui existe, à la fois chez les professionnels et chez les enseignants, entre les données et les informations. L’information n’est pas une énergie, ni une matière première, ni une donnée. Dans notre société, on pense toujours en vitesse et en quantité. Les banques de données, les médias nous inondent de données (souvent à des coûts importants) et nous laissent supposer que les informations et les savoirs sont ainsi à notre portée. Le discours officiel sur les centres de ressources multimédias repose d’ailleurs sur cette mythologie. Sans la capacité de sélectionner, trier et différencier, il est impossible de s’informer et d’apprendre. Au CDI, l’activité de tri et de différenciation informationnelle est donc fondamentale, à la fois pour les enseignants et pour les élèves. Trop souvent, la fonction d’information du CDI est dominée par une logique du stockage des données. Cette logique favorise les dossiers documentaires non utilisés, la diffusion massive de notes sans suite, d’enregistrements vidéo non exploités. En effet, si les données et informations ne font qu’un, alors il est judicieux de centrer la stratégie du CDI sur les techniques de conservation et de recherche de données. Mais l’information est un processus et le CDI est avant tout un espace d’apprentissage et de médiation. Le CDI n’est pas un libre-service ou une banque de données, c’est avant tout un lieu qui permet à l’élève de construire ses propres savoirs. Construire une stratégie de collecte et de valorisation des informations consiste donc à favoriser, au sein de l’établissement scolaire, l’émergence d’un lieu d’apprentissage informationnel et documentaire.
Face à ces trois obstacles, le documentaliste a un rôle à jouer Il peut contribuer à former élèves et enseignants à la maîtrise de l’information, source d’apprentissage et de professionnalisation.
Information stratégique en établissement scolaire
Face à la masse des informations, il est utile d’essayer de les caractériser afin d’en analyser les sources et les réseaux de production, et de permettre à l’établissement scolaire de construire une stratégie informationnelle au service de l’enseignement. Dans les années 80, la préoccupation essentielle des établissements était la maîtrise de la communication interne et externe. L’essor des serveurs télématiques, la généralisation de la transmission numérique des données, l’explosion de l’offre de service à destination scolaire font qu’il est urgent aujourd’hui de gérer les flux informationnels. La maxime "nul n’est censé ignorer la loi" ne peut être valable pour qui a le souci d’informer les enseignants. Il ne s’agit pas de mettre au courant, de faire circuler, mais bien de conduire les acteurs scolaires à sélectionner, rechercher et utiliser les informations pertinentes.
"L’information, c’est une différence qui crée une différence. "J. Jaffelin (Pour une théorie de l’information générale, ESF éditeur, 1993).
Il s’agit donc, pour le documentaliste et pour l’équipe éducative, de construire des critères permettant cette différenciation et favorisant l’émergence des informations au sein des masses de données arrivant chaque jour dans l’établissement.
Schématiquement, nous décrirons trois grandes catégories informatives concernant l’établissement scolaire.
1 - Information administrative
C’est l’ensemble des informations concernant la conduite administrative de l’établissement. Ces informations sont gérées par les services administratifs et par l’équipe de direction. Elles donnent lieu à un dispositif de communication. Des réseaux externes télématiques et des réseaux de diffusion existent et fonctionnent efficacement. Dans l’ensemble de ces informations, il existe donc une zone dite "information stratégique administrative" qui concerne plus particulièrement l’établissement et qui peut donner lieu à la mise en place de projets et d’actions d’innovation. Cette potentialité des textes officiels est d’ailleurs de plus en plus favorisée par la mise en place des contrats et des projets d’établissement.
Source des informations :
Ministère de l’Education - Rectorat - Inspection académique - Conseils régionaux et départementaux - MAFPEN et IUFM - Ministère de la Culture, autres ministères - Chef d’établissement (communication interne).
Canaux de diffusion :
Bulletin officiel, circulaires, arrêtés - Journaux de communication des ministères, rectorats, inspections académiques - Presse spécialisée en éducation, presse syndicale - Revues pédagogiques - Services télématiques nationaux et rectoraux.
Réseaux d’expertise :
Chef d’établissement, équipe de direction Personnel ressource du Rectorat, du Conseil régional, du Conseil départemental - Centre de documentation administrative (Rectorat, IA) - CRDP, MAFPEN et IUFM.
2 - Information éducative et culturelle
Ces informations portent sur les aspects culturels, sur les aspects sociaux ou environnementaux qui conditionnent la marche de l’établissement, sur les aspects pédagogiques ou didactiques des enseignements et sont les plus importantes, concernant à la fois les enseignants eux-mêmes et les documentalistes. Ces informations arrivent, soit par le canal du CDI, soit par les enseignants eux-mêmes. Les informations culturelles et sociales conditionnent l’insertion de l’établissement dans son environnement. Elles portent aussi sur les préoccupations des jeunes et sur l’évolution culturelle du public scolarisé. Les informations didactiques et pédagogiques sont le levier fondamental de l’innovation, de la recherche pédagogique et de l’évolution professionnelle des enseignants (voir travaux de C. Eteve, C. Gambard, S. Alava, op. cit.).
Dans le contexte de la pénurie des lectures professionnelles des enseignants, le travail de valorisation de ces informations est une des actions prioritaires afin de favoriser le développement professionnel des acteurs scolaires. Le CDI a une fonction d’information permanente et de formation des enseignants aux pratiques informatives professionnelles.
Source des informations :
Ministère de l’Éducation - Rectorat - Inspection académique - MAFPEN et IUFM - Associations culturelles, centres culturels, cinémas, musées, etc. - Mouvements pédagogiques, centres de recherches -Centre de documentation pédagogique ou technique - Mairies, associations de quartier, centre de prévention, etc.
Canaux de diffusion :
Médias nationaux et régionaux - Journaux de communication des ministères, rectorats, MAFPEN et IUFM - Presse spécialisée en éducation, presse syndicale - Revues pédagogiques et de recherches - Services télématiques spécialisée (INRP, CNRS, CULTURE, SPORTS, etc.) - Ouvrages d’édition, manuels scolaires, mallettes pédagogiques - Expositions itinérantes, manifestations culturelles ou artistiques, etc.
Réseaux d’expertise :
Équipes pédagogiques constituées - Formateurs MAFPEN et IUFM - Membres d’association, mouvements pédagogiques, chercheurs de terrain - Documentalistes des structures culturelles et associatives - Libraires, éditeurs, documentalistes ou bibliothécaires, etc.
3 - Information documentaire
Ces informations peuvent porter sur l’ensemble des domaines mais elles donnent lieu à un document, un dossier, une fiche qui aboutiront, soit à une acquisition, soit à une production documentaire de la part du documentaliste. Elles comprennent l’ensemble des informations produites par les éditeurs et permettent de définir une politique d’achat cohérente. La constitution par le documentaliste des éléments stratégiques, en terme de produits documentaires attendus, permet à l’établissement d’être en veille documentaire, de rechercher et d’acquérir les documents les plus adaptés.
Source des informations :
Ministère de l’Education, la Documentation française - Production éditoriale des MAFPEN et IUFM - Éditeurs scolaires - Productions documentaires des mouvements pédagogiques, centres de recherches - Éditeurs de produits audiovisuels, multimédia, etc.
Canaux de diffusion :
Journaux de communication des ministères, rectorats, MAFPEN et IUFM - Presse spécialisée en éducation, presse syndicale - Revues pédagogiques et de recherches - Services télématiques spécialisés (Électre, CNDP, CRDP, BN-Opale) - Publicités des divers éditeurs - Expositions, conférences.
Réseaux d’expertise :
Responsables disciplinaires, enseignants - Équipes pédagogiques constituées - Formateurs MAFPEN et IUFM - Membres d’associations, mouvements pédagogiques, chercheurs de terrain - Autres documentalistes, libraires.
On perçoit assez vite que le documentaliste, seul, ne peut gérer et faire vivre une politique de veille stratégique dans l’établissement scolaire. En effet, les sources et les canaux de diffusion sont si nombreux qu’il est important de définir pour chaque niveau les informations stratégiques attendues. De plus, le documentaliste ne peut et ne doit pas valider seul les informations reçues. Ces informations, après avoir reçu l’accord du chef d’établissement, doivent donner lieu à une première vérification sur le plan documentaire par le documentaliste. Ensuite, avec l’équipe éducative, il s’agira de définir la priorité à donner et de choisir le dispositif de diffusion le plus approprié.
C’est seulement à travers l’analyse des utilisations réelles des informations que le documentaliste pourra affiner le niveau stratégique des informations et proposer au chef d’établissement et à l’équipe éducative le dispositif de veille le plus approprié. Cette stratégie informative permet à l’établissement scolaire :
d’anticiper sur les évolutions des filières et des politiques locales ou nationales en matière éducative (information stratégique administrative) ;
de favoriser l’insertion de l’établissement dans son tissu local et de suivre l’actualité culturelle de la cité (information stratégique culturelle) ;
de favoriser les innovations pédagogiques et permettre l’évolution des didactiques disciplinaires (information stratégique éducative) ;
de constituer une politique d’acquisition documentaire répondant aux besoins des enseignements (information stratégique documentaire).
Enfin, à l’intersection des trois typologies, on peut noter une zone sensible où interagissent les niveaux administratifs, éducatifs et documentaires. Cette zone contient des informations utiles à la fois au projet documentaire, au projet pédagogique et au projet d’établissement. La définition de ces zones stratégiques ne doit pas être un acte purement théorique. Cette opération doit conduire les partenaires à la fois redéfinir les besoins d’information et à délimiter le corpus d’investigation. Savoir ce que l’on cherche et délimiter son champ de recherche, n’est-ce pas les premières étapes de la recherche documentaire ? Le travail de définition des zones stratégiques est donc un élément de l’autonomie documentaire des acteurs scolaires.
Veille informative et stratégies d’information
La définition par l’équipe éducative des informations stratégiques doit permettre au documentaliste de revoir les procédures de traitement et de diffusion des informations. De plus, cette révision doit se situer dans une stratégie documentaire utilisant ou suscitant les réseaux formels ou informels internes ou externes. Au lieu de répondre, au jour le jour, à l’arrivage de l’information, le documentaliste va pouvoir inscrire son action dans le cadre d’une veille informative et d’une gestion plus efficace des réseaux documentaires.
Le documentaliste s’appuie, pour chaque phase de son action, sur des réseaux internes ou externes lui permettant d’être "guetteur" d’informations et de ressources documentaires. Ces réseaux sont, soit institutionnels ou associatifs, soit informels ou en construction. La priorité est donc de repérer les réseaux existants et de déterminer les profils d’observation attendus. Réseaux d’observation :
Ils regroupent les structures et les institutions susceptibles de produire des informations administratives ou éducatives, de veiller sur les aspects documentaires et techniques et de produire des banques de données et des publications informant sur l’actualité éducative (CRDP, CRILJ, CRL, banques de données bibliographiques, INRP).
Réseaux de production :
Ils regroupent l’ensemble des structures documentaires, institutionnelles ou d’édition collectant, traitant ou produisant des informations ou des documents qui concernent l’établissement scolaire et ses activités (éditeurs, magazines, revues, ministère de l’Education, associations).
Réseaux d’expertise :
Collecter des informations ne suffit pas sans la validation nécessaire des informations. Pour cela, l’établissement scolaire doit s’appuyer sur des réseaux internes ou externes de validation. Pour expertiser ou valider une information, on peut faire appel aux enseignants spécialistes d’une discipline ou experts en un domaine précis. Plus l’expert est proche des préoccupations des acteurs de l’établissement, plus les informations ont une chance d’être utilisées (spécialistes disciplinaires, correspondants administratifs, services d’inspection pédagogique, membres des associations, formateurs).
Réseaux de diffusion :
Le rôle des médiateurs d’information est essentiel pour assurer l’appropriation réelle des informations jugées stratégiques (M. Huberman, 1990). Plus l’information est médiatisée par des collègues, plus celle-ci sera adaptée et ciblée. Le documentaliste devra donc s’appuyer dans sa stratégie documentaire sur les médiateurs d’information (C. Etévé, 1993) et sur les équipes formelles ou informelles existant dans l’établissement.
La stratégie informative du documentaliste devra donc reposer à la fois sur une technologie informationnelle de veille et de communication, centrée sur le concept de réseau d’acteurs et se baser sur une analyse contextualisée des besoins et des pratiques informatives au sein de l’établissement.
"Un individu ne communique pas, il prend part à une communication ou il en devient un élément. Il peut bouger, faire du bruit... mais il ne communique pas. Il peut voir, il peut entendre, sentir, goûter et toucher, mais il ne communique pas. En d’autres termes, il n’est pas l’auteur de la communication, il y participe. La communication en tant que système ne doit pas être conçue sur le mode élémentaire de l’action et de la réaction, si complexe soit un énoncé. En tant que système, on doit la saisir au niveau de l’échange. "
Ray L. Birdwhistell, Contribution of linguistic-kinesic to the understanding of schizophrenia The Ronald press company, New York, 1959.
Toute technologie informative n’est donc pas à même d’assurer l’appropriation des informations par les acteurs. Communiquer, c’est lutter contre le bruit, c’est aussi échanger avec des sujets ayant d’autres préoccupations et d’autres stratégies. Le documentaliste doit donc contextualiser et médiatiser les informations, il inscrit son action dans une visée pragmatique et relationnelle. M. Huberman, dans une communication aux journées d’étude de l’ASA (Bienne, 1990), précise une nouvelle conception des réseaux de développement professionnel sur une problématique contextualisée de l’utilisation des connaissances en éducation.
"L’enseignant en quête d’information, de conseils, d’outils se tournera spontanément vers des sources :
qui lui fournissent une rentabilité rapide,
qui sont "instrumentales" dans le sens d’augmenter son répertoire pédagogique et professionnel,
qui sont légitimées par son propre corps de métier,
qu’il peut adapter à sa situation particulière en classe,
qui sont disponibles au moment où il en a besoin,
qui sont disponibles dans la durée,
dont les caractéristiques concordent avec sa façon de concevoir la tâche et sa mission." M. Huberman, 1990.
L’action du documentaliste doit donc s’adapter à ce public qui favorise, dans sa relation aux informations, le remodelage, l’adaptation, le bricolage. L’échange direct et la négociation restent de loin les méthodes les plus efficaces pour assurer la bonne appropriation des informations. Cette action demande donc du temps. Elle ne peut se concevoir qu’à partir d’une définition des informations stratégiques et d’une politique documentaire comprise par tous.
Elle nécessite de repenser l’activité informative du CDI et de prendre appui sur les réseaux professionnels et documentaires. Le CDI peut devenir alors à la fois un lieu de ressources et un lieu d’autoformation au service de l’innovation et du développement professionnel. Le documentaliste, médiateur d’information, peut donc agir en synergie avec les réseaux extérieurs et les réseaux internes ou externes de formation. Information et formation continue vont de pair. Il en est de même pour la formation des élèves aux pratiques documentaires et pour les stratégies informatives. Centre de ressources, centre d’information, centre de formation permanente sont donc à concevoir dans une logique systémique et pragmatique. Le documentaliste peut ainsi contribuer à la mise en réseaux des acteurs et des informations.
* Le rapport réalisé sous la présidence de René Mayer en décembre 1990 constatait déjà que "nous sommes submergés d’informations".
BIBLIOGRAPHIE
ALAVA, S. - "je lirai plus tard si ce n’est pas trop tard ?". - Perspectives documentaires en éducation, n° 25, 1992.
BAUBRILLARD, J. - Propos recueillis par B. Leclair. - Politis, n° 18, mai-juin 1994.
DELACHAUD, G. - L’Écrit, le document et les réseaux. - La Pensée, n° 281, mai-juin 1994.
ETEVE, C. ; GAMBARD, C. - Que lisent les enseignants ? Lectures et diffusion des connaissances en éducation. – Paris : INRP, 1993.
GAMBART, C. - Recherche sur l’information et la culture dans le domaine de l’éducation concernant les enseignants dans les collèges : thèse pour le doctorat nouveau régime de l’Université de Paris XIII : Sciences de l’Éducation. - Paris : Université de Paris XIII, 1987.
HUBERMAN, M. - Comment s’opèrent les changements en éducation. - Paris : UNESCO, 1973.
HUBERMAN, M. - "L’Utilisation de la recherche éducationnelle : vers un mode d’emploi". - Éducation et Recherche, n° 2, 1982.
HUBERMAN, M. - Réseaux de développement professionnel. - Communication aux journées d’étude de l’ASA, Bienne, 16 et 17 novembre 1990.
JAKOBIAK, F. - Pratique de la veille technologique. - Paris : Éditions d’organisation, 1991.
MAYER, R., Secrétariat d’Etat auprès du Premier ministre chargé du plan. - Information et compétitivité. - Rapport du groupe présidé par R. Mayer, décembre 1990.
VIRILIO, P. - L’Art du moteur. - Ed. Galilée, 1993.
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