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Cet article est extrait de la revue Inter CDI N° 186

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Le pensum du mémoire professionel
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Daniel Fondanèche chargé d’études à Paris
La lecture des mémoires professionnels [1], depuis leur instauration, montre que, peu ou prou, tous les ans, l’étude des mêmes problèmes revient de façon récurrente. Dès le début de l’année scolaire, les PLC2 sont invités à s’interroger sur l’activité qu’ils vont prendre en charge dans leur CDI d’affectation, activité qui va déterminer le contenu de leur mémoire professionnel. On peut alors lire sur les visages une inquiétude non feinte vis-à -vis de ce " monstre à effrayer les gens", même pour ceux qui sont déjà titulaires d’un diplôme qui intègre de la recherche fondamentale même à un niveau rudimentaire (maîtrise). Cette incertitude relative au sujet qui sera traité, s’ajoute à celle du ou des partenaires à trouver, pour un travail en collaboration qui peut se transformer en une activité solitaire si la démarche participative est impossible ou si l’établissement ne s’y prête pas.
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Trouver un partenaire
L’aide du conseiller pédagogique est souvent précieuse, mais tout dépend de son implantation propre dans l’établissement. Or, comme les Rectorats ont souvent tendance à affecter des stagiaires en " complément de service ", c’est-à -dire avec des documentalistes en service à temps partiel, leur implantation dans l’établissement est souvent moins bonne que celle de titulaires à plein temps. Il y a donc antinomie entre " formation d’un stagiaire " et " intérêt de service ", le second élément primant trop souvent sur le premier, mais c’est un handicap qui peut être contourné pour peu que l’IPR en charge des documentalistes dans l’Académie, prête une attention particulière à la qualité de la formation de ces jeunes collègues, quitte à se brouiller un peu avec la DRH rectorale.
S’il peut trouver rapidement un partenaire, grâce à l’entremise de son conseiller, le stagiaire peut se considérer comme plus ou moins sauvé. Dans le cas contraire, il lui faudra se transformer en quémandeur et c’est une facette obscure du métier qu’il découvre. Ceci se traduit dans les mémoires par des phrases du genre : " J’ai sollicité les N professeurs de lettres, aucun n’a répondu… " ou " J’ai eu des contacts intéressants avec Mme X et Mme Y, professeurs d’histoire et géographie, mais nos emplois du temps respectifs ne nous ont pas permis du construire une action en commun… " ou encore " M. Z, stagiaire comme moi, était d’accord pour que nous travaillions ensemble, mais l’IPR de sa discipline, par l’intermédiaire de son tuteur, s’y est opposé parce que son mémoire doit prioritairement porter sur " sa " discipline et, de plus, les impératifs du programme ne lui permettent pas de dissiper son temps et celui de sa classe… " ou enfin, " Mme W a bien voulu travailler avec moi, mais rapidement je me suis rendu compte que c’était pour pouvoir me confier, sans concertation, la moitié de sa classe pendant qu’elle faisait de l’approfondissement ou des devoirs avec l’autre partie des élèves… "
Il est vrai que les statuts du PLC2 de discipline et celui du documentaliste stagiaire sont assez différents. Le stagiaire dans une discipline est en situation frontale face à un nombre d’élèves réduit, celui de documentation a tout l’établissement en charge. Le premier n’a qu’un petit nombre d’acquis professionnels à posséder (pédagogie, docimologie, gestion d’une classe), alors que le documentaliste stagiaire a une foule de tâches à maîtriser : de la gestion, de la technique, de la pédagogie, de la réglementation, des relations humaines, savoir se fondre dans un projet d’établissement et dans celui du CDI… Le PLC2 de discipline est reconnu comme détenteur de savoirs communs à une très grande majorité de ses collègues, eux aussi certifiés dans leur grande majorité et n’est pas suspecté d’être une " pièce rapportée " à l’établissement. Ce n’est pas le cas pour le PLC2 " documentation " qui est souvent invité à ne pas se présenter comme stagiaire, sinon il pourrait voir arriver au CDI un collègue qui le regarde d’un air étonné et qui, le prenant sans doute pour un quelconque aide de " bas étage ", reparte en disant : " Puisqu’il n’y a personne, je reviendrai une autre fois… "
Le plus souvent, le stagiaire parvient quand même à trouver un partenaire, mais il n’est pas toujours au bout de ses peines. Souvent il vient se greffer sur un projet décidé en conseil d’enseignement au mois de juin, projet qui a parfois débuté dès la rentrée et le jeune documentaliste est alors accepté dans le projet par commisération.
Sa compétence en matière de recherche documentaire est alors appréciée, mais le nombre de séances dévolues au projet est souvent réduit par : des problèmes techniques (réseau en panne, entre autres), des impératifs de programme (un mois seulement sera disponible, ou quatre ou cinq séances sur l’année), des nécessités pédagogiques (réduction du nombre des séances à cause des compositions ou des devoirs blancs)... De la même façon, faire accepter l’idée d’une évaluation commune est souvent une tâche ardue. Le CDI étant souvent perçu comme un centre de prestation de service, les collègues ont de la peine à concevoir qu’un travail de recherche documentaire, sa qualité, son efficacité puissent faire l’objet d’un jugement, d’une appréciation ou même d’une notation. Enfin, même s’il y a collaboration, l’idée même de parité des compétences n’est pas tout à fait admise partout. Une sorte de suspicion d’incompétence ou de non-qualification en matière d’évaluation subsiste dans bien des esprits et la " note de CDI " (comme on la voit appeler) n’est acceptée qu’à regret, comme si l’on ne pouvait juger de la qualité d’une recherche ou d’une démarche documentaire.
Il arrive parfois que le stagiaire se trouve confronté à des dysfonctionnements du système ou se voit affecté dans un établissement très particulier : un lycée qui ne comporte que quelques vagues classes du secondaire, mais une forte proportion de khâgneux ou de taupins. Son conseiller pédagogique aura tôt fait de lui expliquer qu’on ne travaille pas en partenariat avec un prof nommé par l’Inspection générale, lequel est d’ailleurs bien trop préoccupé par sa carrière, c’est-à -dire son siège dans le jury de l’agrégation ou par le pactole des " colles ", pour s’apercevoir qu’il existe un documentaliste dans le CDI (s’il a jamais entendu dire qu’il en existait un et s’il sait que le documentaliste n’est pas un OP !.…). Le stagiaire va donc devoir faire preuve d’ingéniosité pour trouver un sujet de mémoire. Il arrive aussi que le conseiller pédagogique et son stagiaire se suivent à quelques jours d’intervalle dans l’établissement : tous deux le découvrent et rencontrent leurs collègues pour la première fois le jour de la prérentrée… Dans ce cas de figure, également, trouver un partenaire ne sera pas chose facile, surtout si la nouvelle équipe documentaire doit assumer un passif douloureux… On pourrait encore évoquer quelques autres cas de figure, comme le climat conflictuel qui peut s’établir entre le stagiaire et son conseiller ou encore le conseiller qui part en longue maladie quelques jours après l’arrivée de son stagiaire ou enfin le stagiaire qui complète le service de son conseiller et à qui le Chef d’établissement attribue un emploi du temps tel que les deux ne se rencontrent pratiquement jamais, mais communiquent par Mail… Dans tous ces cas de figure et bien d’autres encore, le stagiaire aura quelque peine à trouver un collègue de travail parmi les titulaires. Aussi aura-t-il tendance à s’entendre avec un autre PLC2 pour unir leurs efforts et ce sera, le plus souvent cet autre stagiaire qui sera le plus sensible à l’idée d’un travail en partenariat. En revanche, et bien que ce ne soit ni impossible, ni interdit, l’idée d’un mémoire commun n’a pas encore fait son chemin.
Trouver un sujet
Normalement, il devrait y avoir coïncidence entre l’activité menée pendant l’année et le sujet du mémoire, puisqu’il en est tout en même temps le compte rendu et une réflexion sur la prise en charge de cette activité.
Grâce à son flou, la Circulaire de mission de 1986 permet au PLC2 de s’inclure dans toutes les activités possibles et inimaginables, même celles dont ladite circulaire ne parle pas, comme l’informatique et tout ce qui gravite autour, ou encore de la pluridisciplinarité. Le choix du sujet ne serait donc pas un problème. Effectivement, même dans les établissements où la fréquentation du CDI par les enseignants de discipline est proche de zéro, même dans les établissement où le CDI a été subverti pour devenir une salle de permanence qui ne dit pas son nom, même dans ces établissements où pour une raison ou une autre, il ne se passe rien au CDI, le stagiaire trouvera un sujet, reflet de l’activité qu’il aura prise en charge pendant l’année.
Dans un cas de figure beaucoup plus général, la mise en place du B2i, des IDD, de l’ECJS, des TPE et alii, va permettre au stagiaire de s’impliquer dans une activité, même si, dans tous ces cas de figure, le législateur mentionne le CDI, comme lieu ressource, en oubliant celui qui en est responsable : le documentaliste. Ces dernières années, l’Institution n’a pas manqué de faire savoir qu’elle regrettait l’institution du CAPES de documentation et cet " oubli " n’a donc rien d’innocent. On ignore ce que l’on méprise, c’est mieux que de lui faire de la publicité en le dénigrant. Qu’importe, redoutant la politique de la chaise vide, les documentalistes ont tôt fait et bien fait de s’engouffrer dans la brèche en apportant un savoir-faire à leurs collègues, quelque peu démunis face à la recherche documentaire que ces activités impliquent et à laquelle ils n’ont pas été formés (surtout pour les quinquagénaires), ne serait-ce qu’en IUFM (pour les plus jeunes).
Autrement, si ces activités ne sont pas encore mises en place (B2i par exemple), ou si l’accroche avec un groupe d’IDD ou de TPE n’est pas possible pour des problèmes d’emploi du temps, par exemple, il reste les inépuisables sujets autour de la lecture sous toutes ses formes et autour de la presse. S’il arrivait que ce genre d’activités ne soit pas possibles, par exemple pour des problèmes de budget, " l’ouverture du CDI sur l’extérieur " (expression un peu creuse, mais commode) offre encore des sources d’intérêt pouvant donner lieu à un mémoire : site d’établissement et page CDI, plaquette d’établissement, mise en place d’un stand pour un salon professionnel (lycée professionnel ou technique)… Restent quelques cas plus ou moins irréductibles où, rejeté de toutes parts, le stagiaire, confiné dans le CDI comme Cendrillon dans sa citrouille, se voit contraint d’entreprendre des tâches purement gestionnaires comme l’essartage [2] du fonds, la constitution d’un fonds spécialisé, la mise à niveau du fonds, la confection de dossiers documentaires sur CDR-W, l’étude comparée des mérites de BCDI3 sur BCDI2, ou alors, le Club lecture pendant un " midi-deux " débouchant parfois par l’inscription à l’un de ces multiples concours fondés pour encourager à la lecture jeunesse…
On peut ne pas être dupe, mais fermer les yeux par lassitude pour ne pas se trouver en contradiction avec le jugement porté sur le stagiaire par son conseiller pédagogique. On peut aussi vouloir être " juste " et s’aligner sur les directives de fermeté données par une institution dont on sait, par ailleurs, qu’elle a intégré des candidats pourvus de tous les rapports défavorables, parce qu’elle ne peut pas être en échec et avouer qu’elle s’est trompée.
Trouver un sujet est une tâche ardue, mais le champ des " tartes à la crème " est vaste et les mémoires fournis les années passées peuvent donner des idées à ceux qui n’en ont pas. Une expérience réalisée dans ce domaine de la banalité (lecture, IDD, ECJS, TPE…) est facilement transposable d’un établissement à l’autre. Les références théoriques peuvent être reprises et actualisées puisque les mêmes noms et les mêmes titres (y compris ceux où l’on brasse des lieux communs) reviendront invariablement, étant donné que les ouvrages de recherche fondamentale sur un sujet sont en nombre limité. La majeure partie des sujets est donc " sans risques " : un conformisme prudent assurera une appréciation convenable et la lecture des mémoires du passé peut aider à l’accomplissement du présent.
Rédiger un sujet
Le sujet
Le sujet devrait donc se prêter à :
une approche théorique (les textes, les expériences similaires, les fondements de l’activité, sa portée didactique et/ou pédagogique…) ;
une approche pratique (comment, dans quelles conditions, avec qui, pendant combien de temps…) ;
une approche réflexive (quels enseignements puis-je tirer de cette expérience ? Raisons des succès et des échecs… Cette expérience est-elle transférable et dans quelles conditions ?…).
Cette succession a le mérite de produire des mémoires parfaitement stéréotypés, générant parfois un ennui profond, tout autant pour celui qui le rédige que pour celui qui le lit.
Il arrive, malgré tout, qu’une expérience singulière, originale, sorte des sentiers battus et réveille la torpeur du jury.
Il arrive aussi qu’au détour d’un paragraphe, le candidat laisse transparaître quelques aigreurs qui sont un indicateur précieux sur la perception de ce que fut sa place et son rôle réel pendant cette année scolaire.
Mais, dans la majeure partie des cas, le mémoire est lisse, agréablement conformiste, même si l’on sait par ailleurs qu’une grande partie de ce qui est relaté relève du fantasme :
Lors des séances de travail avec le collègue de discipline, le stagiaire a été cantonné dans des tâches secondaires : approvisionner en documents, résoudre des problèmes techniques, faire la police, ranger le désordre laissé par le groupe,...
Pendant l’année, le stagiaire a passé son temps à prendre en charge ce que le titulaire du poste ne voulait pas assumer et le meilleur de l’activité du stagiaire s’est résumé à être le faire valoir de…
L’activité, pour ce que l’on a pu en voir lors d’une visite, est d’une médiocrité effarante pour des raisons qui ne tiennent pas obligatoirement au stagiaire, mais dopée par son conseiller pédagogique qui ne voudrait pas que l’on pense qu’il n’est pas à la hauteur de la situation, cette activité devient l’événement du siècle.
Comme je l’ai laissé entendre, la production d’une trentaine de pages ne demande pas un effort surhumain, c’est moins que ce que l’on demande pour le tout-venant d’une maîtrise.
L’articulation décrite de trois parties que l’on agrémentera d’annexes est également dans le domaine d’une banalité de bon aloi. Pour autant, peut-on prétendre à quelque originalité, comme un plan en quatre ou cinq parties ?… Pourquoi pas, si elles sont justifiées par l’action entreprise et si le futur jury est d’accord, mais s’y lancer en franc-tireur n’est peut-être pas la meilleure des initiatives à prendre. Il se peut qu’un membre du jury, se jugeant investi d’une " mission sacrée " de gardiennage du temple de la tradition aristotélicienne, n’apprécie pas ce genre d’innovation. Pourtant, pour peu que ce soit justifié, aller au-delà de trois parties est-il rédhibitoire. Trois parties sont-elles un gage de qualité ?…
J’aurais tendance à penser qu’un texte bien rédigé, sans fautes de français [3], de grammaire et d’orthographe, bien argumenté et bien présenté, est sans doute plus important qu’un nombre immuable de parties. Ce n’est, malgré tout, pas suffisant, même si c’est évidemment nécessaire.
Il est indispensable non seulement d’établir une problématique en introduction, mais de l’étayer en première partie, de l’éprouver en seconde et d’en tirer les conséquences en dernière partie. Il ne s’agit pas de filer une métaphore, mais de construire une argumentation solide et de la conduire à son terme en adoptant le point de vue de Sirius : se dégager de son expérimentation pour la regarder, la mesurer, juger de ce qui a fonctionné correctement et de ce qui n’a pas été un succès et pourquoi. Ainsi, l’hypothèse de départ peut-elle être confirmée ou infirmée, demander des réajustements.
Il est également nécessaire de travailler sur son sujet pendant la majeure partie de l’année. On peut penser qu’aux vacances de Toussaint un thème d’étude doit être arrêté et qu’on en a alors une idée suffisamment précise pour pouvoir construire un plan. Certes, il sera encore tracé à grands traits, mais il servira à fixer les idées du candidat, à orienter ses lectures, à classer les citations [4] retenues. Aux vacances de Noël, le plan est définitivement arrêté avec parties et sous-parties [5] et l’on devrait avoir au moins rédigé l’introduction, ce qui ne nécessite pas un grand effort puisqu’elle représente 10 % du total de l’essai, soit trois pages [6]. Aux vacances suivantes, la première et la seconde parties sont intégralement rédigées et, avant les vacances de Pâques, c’est le mémoire entier qui doit être achevé.
On veillera (bien que quelques béotiens nostalgiques du temps de la machine à écrire, soient contre et imposent le fer à gauche) à ce que le texte et les notes soient justifiés. Le texte est plus propre et il s’améliore encore lorsque l’on use de la césure automatique (" Outils " puis " Coupure de mots… "). On fera attention à ce que ces mêmes notes soient bien référencées, qu’elles soient en continu (de 1 à " n " [7]) et qu’elles se présentent dans les normes communément admises. Si l’on a des annexes (ce qui n’est pas indispensable, mais peut être éclairant), on n’oubliera pas de les signaler en temps opportun dans le texte sous forme d’envoi de note. Enfin, et l’on sent que la liste signalétique a disparu du concours, la bibliographie sera également dans les normes (Z-44.050 ou approchant) et disposées de la façon suivante :
Bibliographie primaire : ce qui est propre au sujet ;
Bibliographie secondaire : l’appareil critique sur le sujet ;
Bibliographie tertiaire : tout ce qui est périphérique au sujet.
Quant au traitement des notes, il doit répondre aux normes en vigueur et respecter la propriété intellectuelle. Si une citation fait moins de trois lignes, elle s’intègre dans le texte. Si elle fait plus de trois lignes, mais moins de dix (au-delà , on outrepasse ce qui est communément admis comme " droit à citation "), elle est mise en retrait du texte. Pour ma part, il me semble que les citations mises en italique se voient mieux et, à ce moment là , il n’est pas utile de les entourer de guillemets. Si les citations sont en italique, les titres seront bien évidemment soulignés. Toute citation doit être exacte à la virgule près, à la faute d’ortografe [sic] [8] ou de grammaire près. Toute citation doit être renseignée et ne servir qu’une fois.
Un faux problème qui angoisse parfois les candidats : où doit-on mettre le " Sommaire " ou la " Table des matières " : en début ou en fin de mémoire ?… Si le " Sommaire " est au début, c’est " à l’américaine " ; s’il est en fin de mémoire (après les annexes), c’est " à la française " : cet emplacement est rigoureusement sans importance. On se reportera donc aux consignes données à ce sujet en début d’année.
Dernier point, qui tombe sous le sens, mais que l’on peut préciser : la pagination. Elle se fait en continu (généralement en bas à droite) à partir de la page de titre [9] et en chiffres arabes. Seule serait paginée en chiffre romain, une introduction qui serait faite par une personne (célèbre si possible) étrangère à votre mémoire. Les annexes ne sont généralement pas paginées.
La soutenance
C’est un exercice académique public [10]. Elle a pour but de voir si l’on maîtrise effectivement le sujet, si on sait l’exposer avec clarté et le défendre. À cette fin, on demande généralement de le présenter pendant une vingtaine de minutes, si possible sans notes et sans être redondant avec le texte produit. En effet, l’on peut très bien suivre son plan sans redire ce qui a déjà rédigé et que le jury connaît presque aussi bien que le candidat.
Les remarques du jury vont porter essentiellement sur les dysfonctionnements remarqués dans l’essai : les fautes diverses (orthographe, grammaire, syntaxe, ponctuation, gestion des notes ou de la bibliographie qui, par exemple, ne sera pas par ordre alphabétique d’auteurs), les défauts de structure (une idée est mal amenée ou mal conduite, une erreur dans la chronologie des événements, une citation qui " tombe à plat ", une part de la problématique qui est oubliée…), les erreurs diverses (appréciation, jugements téméraires, oublis bibliographiques…).
Les questions du jury vont être des demandes d’éclaircissements, surtout de la part de membres qui n’ont pas suivi le travail du candidat pendant l’année. Il se peut que certaines phrases, certains paragraphes, quelques affirmations, leur semblent obscurs. Il faudra donc expliquer ces emplois. D’autres questions vont porter sur le fond du travail. Face à une problématique, le candidat a adopté un point de vue, une posture, qu’il faudra justifier. Il se peut également que ce soit la méthodologie qui soit mise en cause (affirmations sans preuves, par exemple). Là aussi, le stagiaire défendra sa démarche intellectuelle, expliquera ce qui n’a pas assez été mis en lumière.
Il se peut qu’un mémoire moyen face l’objet d’une bonne soutenance, comme il arrive qu’un bon mémoire pâtisse d’une prestation médiocre. En général, les deux s’équilibrent pour donner une note ou une appréciation médiane, ce qui est le cas de la majeure partie des soutenances. Une petite partie fait l’objet d’un excellent jugement et une autre partie, elle aussi minime, d’appréciations réservées ou défavorables [11]. En bref, la soutenance est l’occasion, pour vous, d’apporter une plus-value au mémoire. Il n’est donc pas inconvenant de s’entraîner préalablement à la maîtrise de cette partie de l’épreuve.
Dysfonctionnement du système
Il arrive que quelques mémoires soient intéressants. La grande majorité des productions est quelconque et une petite minorité est décevante. La qualité d’un mémoire ne tient pas à son épaisseur, mais à la maîtrise dont fait preuve le candidat dans le développement argumentatif de la problématique qu’il a choisie.
Il arrive que le candidat puisse douter des aptitudes du jury à pouvoir statuer sur la qualité de son travail, qui n’est pas une " grosse " dissertation, mais une démarche réflexive. Effectivement, on peut voir (à la lecture de mémoires signalés comme remarquables) des jury méconnaître totalement les règles les plus élémentaires de gestion d’un tel travail et s’extasier sur trente pages de verbiage et de lieux communs, tout simplement parce que ses membres n’ont qu’une très vague idée de ce que peut être une démarche de recherche et ses exigences.
À l’inverse la multiplicité des types de stagiaires : externes, internes, 3e voie, et donc de niveaux d’exigences lors du concours, fait que le même satisfecit accordé à chacun de ces types de candidats n’a pas exactement la même valeur car l’un est sans doute encore largement perfectible alors que l’autre est à l’apogée de sa production et le dernier n’aurait pas atteint ce point sans une aide abondante. La seule bonne volonté ne saurait remplacer la qualité.
On peut également remarquer qu’entre ce qui est écrit et ce que l’on a pu observer sur le terrain, de grandes différences existent. Ainsi, la description d’une séquence pédagogique montre que le travail en partenariat était bien une réalité. On en retire alors l’impression qu’une action commune et efficace a permis de faire avancer le projet pour le plus grand bien des élèves. Mais si l’on confronte cette impression avec ce que l’on a pu observer sur le terrain, les sentiments changent. En effet, lors de la visite, on a pu voir des enseignants de discipline s’occupant des élèves pendant que le stagiaire, totalement oublié, tournait et virait comme une âme en peine et n’était sollicité que pour aller chercher un document qui faisait défaut. Ou alors, l’enseignant était complètement en retrait, laissait le stagiaire se débrouiller tant bien que mal et plutôt mal que bien avec une classe entière qui en venait à l’oublier, pour travailler plus ou moins seule, puisqu’il était accaparé par deux ou trois élèves.
On sait également que l’on ne peut se fier à cette impression. On a vu une seule séquence et si celle-ci ne semble pas s’être très bien passée, peut-être les autres étaient-elles différentes. C’est ce que l’on se dit par commisération, tout en sachant que c’est faux. La vérité n’est pas travestie, elle est magnifiée, idéalisée.
On peut aussi observer qu’entre le reste des prestations annuelles et cet essai, un abîme existe, tant dans l’expression que dans la conception du travail. Tel stagiaire que l’on sait avoir atteint son plus haut niveau d’incompétence, être à bout de souffle, produit comme par miracle un travail d’une rigueur et d’une facture exemplaire. Qui l’a aidé ?… Quelque ami, son conseiller pédagogique, son tuteur, l’enseignant avec qui il a travaillé ?… Qu’importe, les uns comme les autres ont tenté de bien faire, en lui montrant ce que devrait être son travail, en lui faisant produire à force de réécritures (ou en réécrivant à sa place) une sorte de monstre de perfection, disproportionné avec ses possibilités. Ainsi, l’ami, le conseiller, le tuteur ou l’enseignant ont le sentiment de n’être pas en échec par rapport à leur statut. Est-ce, pour autant, un service qu’ils ont rendu au stagiaire, en faussant les règles du jeu, en haussant au rang de génie celui qui ne sera, au mieux, qu’un pâle exécutant et un documentaliste médiocre ? N’est-ce pas aussi faire prendre à l’institution des vessies pour des lanternes et générer des discours du genre : " Nous mettons en ligne nos meilleurs mémoires et nous prouvons ainsi, urbi et orbi, que nous sommes bien à la pointe de la recherche ". Vanitas vanitatum et omnia vanitas.
De la même façon, l’institution dissimule ses échecs en laissant malgré tout " passer " des candidats à peine aptes, peu aptes, voire inaptes, au mépris des générations d’élèves qu’ils devront former et qu’ils vont déformer, donnant du système une image biaisée, en contradiction avec les couplets de satisfaction qu’elle sécrète. C’est se moquer des générations futures que de leur offrir des enseignants " au rabais ", acceptés dans le sérail pour cause de pénurie. Mais ce discours élitiste est-il bien de mise, si des enseignants moyens peuvent toujours suffire pour des élèves moyens, pendant que des parcours d’excellence seront sauvegardés pour la reproduction des élites ?
Conserver le mémoire en l’état ?
Alors, faut-il conserver le mémoire en l’état ?… S’il devait devenir un exercice purement rhétorique, sous la forme d’un simple rapport d’activité plus ou moins occupationnelle, une forme de rapport de stage, ce serait à peu près sans intérêt, d’autant plus qu’il est parfois difficile dans certains établissements de trouver quelque activité valorisante [12], comme je l’ai souligné. S’il devait se résumer à quinze ou vingt pages d’autosatisfaction sans la moindre réflexion sur le travail entrepris, ce serait sans intérêt également et cette activité relèverait effectivement du pensum. En revanche, on pourrait imaginer un travail de fond, soit sur sujet libre, soit sur sujet imposé, concernant un aspect du travail ou de l’institution, sans que l’on soit obligé de le raccrocher tant bien que mal au métier de documentaliste, en sollicitant la Circulaire de mission et en lui faisant dire tout et son contraire. Cette forme d’activité pourrait alors mettre en jeu une véritable recherche. Mais c’est là une proposition illusoire.
En effet, la réforme entreprise de l’enseignement supérieur [13] provoque la disparition de la maîtrise. Peu d’universitaires s’en plaignent, car elle était jugée comme un exercice peu signifiant, alors qu’elle était pourtant une utile sensibilisation à la recherche fondamentale. Cette disparition fera donc que les certifiés stagiaires, dans leur très grande majorité, vont quitter le cycle supérieur au bout de leur troisième année, sans avoir produit la moindre esquisse de recherche [14]. Ce n’est pas dans les IUFM qu’ils trouveront toujours des enseignants rompus à ce type d’exercice. On se demande alors à quel avenir est promis le mémoire professionnel : il garde sa forme actuelle et toutes ses incertitudes, il devient un exercice d’école, il se transforme en songe-creux ?… Quoiqu’il en soit, une réflexion sur les pratiques est indispensable, mais elle devrait offrir plus de garanties de sérieux.
Notes
[1] Ce discours ne concerne pas QUE la documentation.
[2] On parle généralement de " désherbage", mais j’ai toujours dit que je n’aimais pas cette expression.
[3] Suite à l’usage de l’incontournable hexagonal qui va tout solutionner, en impulsant des idées trop… en bref, un mémoire rédigé en FLE (français langue étrangère), comme on le voit de plus en plus. Voir le site : www.dicomoche.net/nouveau.htm
[4] Rappelons qu’une citation ne sert qu’une fois et qu’elle ne doit pas être sollicitée c’est-à -dire amenée de force dans une page, sans lien réel avec ce qui précède ou ce qui suit, pour " tirer la ligne"..
[5] Rappelons également qu’un plan est soit en alphabétique, soit en numérique et sans mélange de caractères romains et arabes, et surtout pas alphanumérique. Mais il y a des tolérances à ce niveau car ça dépend de la discipline d’origine, suivant que l’on arrive de facs de droit, science éco, hist-géo ; mais ce sont parfois des tolérances acceptées par des directeurs n’ayant pas la moindre idée de ce que peuvent être des normes minimales (bibliographie, entre autres).
[6] La répartition par parties est généralement de 3 + (8 x 3) + 3 pages.
[7] On pourra également vous imposer de revenir à 1 à chaque page. Pour les rappels, c’est beaucoup moins simple. On est obligé de préciser, par exemple : " cf. note 23, page 27". Mettre directement : " cf. note 23", me semble beaucoup plus économique.
[8] On signalera une faute de cette façon.
[9] Rappelons l’ordre : couverture, belle page, page de titre, dédicace, sommaire, introduction…
[10] Vous pouvez inviter qui vous voulez, votre conseiller pédagogique, votre famille, votre concierge, réunir une claque…
[11] J’ai pu voir dans certaines disciplines, des appréciations uniquement laudatives. C’est le même problème que ces soutenances de maîtrise qui s’achèvent invariablement par la note de 16/20. Une telle note présuppose que le candidat sera capable d’avoir 17 ou 18 en DEA et 19 ou 20 en thèse !… C’est absurde. Sur une cohorte de stagiaires, la notation terminale doit produire une courbe de Gauss et non une parabole plus ou moins tronquée.
[12] En particulier dans les établissements où les collègues, directement ou indirectement, refusent toute collaboration, préférant privilégier " le programme " à toute autre forme d’activité.
[13] Le fameux 3, 5, 8 européen. C’est-à -dire : trois ans pour la licence, cinq ans pour le magister et huit ans pour atteindre la thèse.
[14] Sauf si l’on décidait que les concours se passaient à Bac +5, mais dans ce cas, ils nécessiteraient une formation. En revanche, s’ils sont jugés comme une prolongation " naturelle " de l’année de licence, le passage deux mois après l’année de licence s’imposerait, sans formation spécifique… sauf pour la documentation, qui est par essence pluridisciplinaire.
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